Zeitgeist : Film de propagande ou hymne à la rébellion intellectuelle ?

« Zeitgeist : The Movie » est un film documentaire (libre de droit) réalisé en 2007 par un certain Peter Joseph (un article lui a été consacré par le New-York Times), à l’origine du mouvement du même nom « The Zeitgeist Movement« .

Zeitgeist (« esprit du moment », en allemand) pointe du doigt les thèses dominantes et dénonce leur exploitation par une minorité détenant le pouvoir effectif. Il oscille quelque part entre la thèse du complot (avec, pour une fois, un argumentaire simple et percutant) et l’incitation à la rébellion intellectuelle. Les sujets abordés n’ont rien d’original : L’histoire de Jésus-Christ, les attentats du 11/9, le système bancaire, les plans secrets d’une gouvernance mondiale menés par une élitte trans-nationale, la montée des fascismes… Le regard critique apporté, la simplicité de l’argumentaire et le ton engagé, ne peuvent que séduire…

Une suite a été réalisée en 2008 : «Zeitgeist – Addendum » pour dénoncer le système monétaire (ses ravages et ses tendances esclavagistes) et proposer une nouvelle société inspirée des travaux de Jacques Fresco et de son projet « The Venus Project ». Un regard idéaliste au point de sembler, à certains moments, un peu neuneu… Et puis, les allocutions de J. Krishnamurti ne laissent guère indifférent.
Le projet Vénus vise à troquer le système monétaire (voire monétariste) actuel contre un autre basé sur le partage des ressources et les avancées technologiques bien ciblées. L’objectif ultime de cette combinaison est de tarir la source de tous nos maux : la notion bien entretenue de rareté, la névrose consumériste, la recherche effrénée du profit…
Les critiques ne manquent pas… voir, entre autres, Boing-Boing ou The Stranger

Considérer que Zeitgeist est la Vérité relèverait de l’inconscience. N’y voir qu’un travestissement surréaliste des vérités établies (œuvre d’un désaxé notoire, comme certains l’ont dit) est un signe de stupidité et/ou de malhonnêteté intellectuelle.

Sans être un partisan inconditionnel des théories du complot, je ne peux que lui reconnaître sa vision engagée visant un système alternatif capable de remettre en cause les chauvinismes, de contrer les pensées dominantes, de développer l’anticonformisme, et d’établir des contre-pouvoirs.

Je lui reproche, cependant, l’absence de la mention explicite de ses sources. Ainsi, et en l’absence de preuves irréfutables (sources datées et vérifiables), je reste dubitatif devant la citation de David Rockefeller (Council on Foreign Relations) « Nous sommes reconnaissants envers le Washington Post, le New York Times, Time Magazine, et les autres grandes parutions dont les directeurs ont assisté à nos meetings et ont honoré leur promesse  de discrétion durant près de 40 ans. Il nous aurait été impossible de développer notre plan pour le monde si nous avions été exposés aux lumières de la publicité durant ces années. Mais le monde est plus sophistiqué et préparé à marcher vers un gouvernement mondial. La souveraineté supranationale d’une élite intellectuelle et de banquiers mondiaux est certainement préférable à l’autodétermination nationale pratiquée dans les siècles précédents ». Je suis littéralement « sur le cul » (et un peu plus dubitatif) devant ce que rapporte Aaron Russo (cinéaste) sur le complot mondialiste, et plus spécifiquement sur Nicholas Rockefeller : une prémonition bluffante, datant (selon ses dires) de 11 mois avant le 11/9, détaillant l’enchainement à venir, la guerre contre un ennemi éternel mais fictif, le matraquage médiatique et l’enrôlement des foules, jusqu’à l’atteinte de l’objectif ultime : le pouvoir absolu et la main mise sur les libertés fondamentales.

Des 2 films, je retiens, au moins, cette citation du philosophe indien Jiddu Krishnamurti : « Ce n’est pas un gage de bonne santé que d’être bien intégré dans une société profondément malade »

The Revolution is Now…

Le Syndrome de Noé

Au fil des ans, on m’a collé l’étiquette de pessimiste, chose que je réfute énergiquement. Mon comportement constamment récessif, mes critiques du Système, mes convictions profondes de l’imminence du krach, mon pressentiment d’aller droit dans le mur, relèvent, à mon sens, plus du réalisme terre-à-terre que du pessimisme clinique…

Aurais-je fait des gosses en étant l’éternel pessimiste qu’on décrit ? Je ne pense pas…

C’est bien mon réalisme maladif qui m’a incité à faire des gausses, et ceux pour deux raisons :

  • Une purement économique, mais quelque peu perverse (je vous l’accorde) : C’est le meilleur moyen (éthiquement acceptable) d’accéder à la main d’œuvre quasi-gratuite dans un monde où l’on reviendrait, tôt ou tard, à notre préoccupation la plus basique d’éleveurs-cueilleurs…
  • Une autre plutôt psychiatrique, relevant du « syndrome de Noé » (je viens de l’inventer à l’instant, je vous rassure.) : Sentant que le déluge ne va plus tarder, on se trouve porté par une envie irrésistible de construire un bateau et d’embarquer tous ceux qu’on aime… En faisant des gausses (qui, par définition, ne peuvent s’opposer à l’embarquement), on ne fait qu’augmenter le taux de remplissage du bateau, de se garantir quelques accompagnateurs inconditionnels (évitant ainsi les grands moments de solitude)… Au pire, on fera un p’tit tour (entre amis) et on reviendra au point de départ…

Décadence…

« Aux hommes de la fin du XIXème siècle, la Décadence romaine apparaissait sous l’aspect de patriciens couronnés de roses s’appuyant du coude sur des coussins ou de belles filles, ou encore, comme les a rêvés Verlaine composant des acrostiches indolents en regardant passer les grands barbares blancs.

Nous sommes mieux renseignés sur la manière dont une civilisation finit par finir. Ce n’est pas par des abus, des vices ou des crimes qui sont de tous temps, et rien ne prouve que la cruauté d’Aurélien ait été pire que celle d’Octave, ou que la vénalité dans la Rome de Didus Julianus ait été plus grande que dans celle de Sylla. Les maux dont on meurt sont plus spécifiques, plus complexes, plus lents, parfois plus difficiles à découvrir ou à définir.

Mais nous avons appris à reconnaître ce gigantisme qui n’est que la contrefaçon malsaine d’une croissance, ce gaspillage qui fait croire à l’existence de richesses qu’on n’a déjà plus, cette pléthore si vite remplacée par la disette à la moindre crise, ces divertissements ménagés d’en haut, cette atmosphère d’inertie et de panique, d’autoritarisme et d’anarchie, ces réaffirmations pompeuses d’un grand passé au milieu de l’actuelle médiocrité et du présent en désordre, ces réformes qui ne sont que des palliatifs et ces accès de vertu qui ne se manifestent que par des purges, ce goût du sensationnel qui finit par faire triompher la politique du pire, ces quelques hommes de génie mal secondés perdus dans la foule des grossiers habiles, des fous violents, des honnêtes gens maladroits et des faibles sages. Le lecteur moderne est chez lui dans l’Histoire Auguste »

Marguerite Yourcenar, Mount Desert Island, 1958,  « Les visages de l’Histoire dans l’Histoire Auguste », Paris, Gallimard, 1962

J’ai comme l’impression désagréable d’y être déjà…

Identité nationale : « Un blanc-seing collectif à l’apartheid qui vient »

Dans ce simili débat orchestré par notre cher gouvernement autour du non-thème de l’identité nationale, le rappeur Hamé ne voit rien de tel (Le Monde du 15 Novembre 2009) : « Le débat sur l’identité nationale n’en est pas un. C’est une injonction à l’affirmation ethniciste de soi. Un blanc-seing collectif à l’apartheid qui vient. »

Je ne peux m’empêcher de reprendre un bout de sa magnifique prose à charge : « Dans la prose marécageuse de l’ineffable ministre de l’identité nationale et de l’immigration patauge une créature aux élans de camarde. Tous les quinze ou vingt ans, depuis les indépendances et l’éclatement de l’empire colonial, et au gré des cycliques désastres économiques et sociaux, elle s’extirpe de la vase pour venir se rappeler au bon coeur du commun des Français. Plus que jamais la voilà, armée d’un rameau de ronces au bout d’une main sèche, flagellant « l’éparpillement identitaire » et éructant dans tout le pays des mots vieux, épris et pétris d’haleine chauvine. »

A faux-débat, un recadrage limpide et sans concessions : « Etre français, c’est avoir sa vie en France et rien de plus. Cela ne s’interroge pas, mais se constate comme un botaniste constaterait la poussée d’un bourgeon. Ce qui devrait se questionner en revanche, et de la plus forte des manières avant de le congédier, c’est l’identité de ce pouvoir qui nous mène au mur, son irrépressible cynisme, sa brutalité, sa morgue, lorsque dans les mêmes semaines, il aligne blagues racistes, rafles et expulsions d’Afghans dont il occupe le pays, relaxe pure et simple des policiers en cause dans la mort de Laramy et Moushin à Villiers-le-Bel. Deux adolescents niés et invisibles jusque dans la qualification des causes de leur mort.

C’est d’ordinaire le sacerdoce des anges et des démons que de se mêler à la vie des hommes sans être vus. C’est la honte de cette République que de nous offrir, à nous enfants d’immigrés, cette affriolante perspective donc : vivre comme des démons, mourir comme des anges. Nous ne sommes pourtant ni l’un ni l’autre. »

Au risque de sembler tout ramener à ma pauvre personne, et en tant que démon qui finira un jour ange, je ne peux que me reconnaître dans ces propos…

Et n’oubliez surtout pas ce que Claude Lévi-Strauss a pu dire : « J’ai connu une époque où l’identité nationale était le seul principe concevable des relations entre les Etats. On sait quels désastres en résultèrent. »

Foire aux conneries

Décidemment, à l’ère  Sarkozyste, nos politiques se lâchent… Toutes les occasions sont devenues bonnes pour débiter des kilos de conneries. Aucune retenue, aucune limite, aucun complexe…

J’ai eu le tort de ne commencer ma collection de perles qu’en Novembre 2009. Des perles… j’en ai surement ratées…

1- A la suite de l’affaire des minarets suisses, le porte-parole de l’UMP, Dominique Paillé, a déclaré (le 30 Novembre 2009): « Il y a des clochers sur les églises, mais c’est un héritage historique« , distinguant les « religions qui étaient là avant l’avènement de la Republique » et « celles qui sont arrivées après« .

J’adore cette distinction qui se veut historique !

Une telle posture est aussi religieuse que la Réforme protestante (du 16ème siècle) qui a interdit à la minorité catholique suisse de construire des clochers, voire de faire sonner ses cloches.
L’islam, comme tout ce qui s’y rattache, fait peur… Mais on ne fait que tourner autour du pot.

2- Dans le cadre du grand débat sur l’identité nationale et à l’occasion d’une réunion locale, André Valentin, maire de la commune de Gussainville (Meuse) a déclaré publiquement : « Il est temps qu’on réagisse, parce qu’on va se faire bouffer. Y en a déjà 10 millions, 10 millions que l’on paye à rien foutre. » (Le Monde, 2 Décembre 2009)

3- Après son mémorable « casse-toi pov’con« , Nicolas Sarkozy a préféré exprimer sa vision de la tolérance et de l’ouverture (suite à le référendum suisse sur les minarets… oui oui, vous m’avez bien entendu !) dans une tribune intitulée « Respecter ceux qui arrivent, respecter ceux qui accueillent », publiée dans le Monde du 12 Décembre 2009 :

« Respecter ceux qui arrivent, c’est leur permettre de prier dans des lieux de culte décents. On ne respecte pas les gens quand on les oblige à pratiquer leur religion dans des caves ou dans des hangars.
(…) Respecter ceux qui accueillent, c’est s’efforcer de ne pas les heurter, de ne pas les choquer, c’est en respecter les valeurs, les convictions, les lois, les traditions, et les faire – au moins en partie – siennes. C’est faire siennes l’égalité de l’homme et de la femme, la laïcité, la séparation du temporel et du spirituel.

Je m’adresse à mes compatriotes musulmans pour leur dire que je ferai tout pour qu’ils se sentent des citoyens comme les autres, jouissant des mêmes droits que tous les autres à vivre leur foi, à pratiquer leur religion avec la même liberté et la même dignité. Je combattrai toute forme de discrimination.

Mais je veux leur dire aussi que, dans notre pays, où la civilisation chrétienne a laissé une trace aussi profonde, où les valeurs de la République sont partie intégrante de notre identité nationale, tout ce qui pourrait apparaître comme un défi lancé à cet héritage et à ces valeurs condamnerait à l’échec l’instauration si nécessaire d’un islam de France qui, sans rien renier de ce qui le fonde, aura su trouver en lui-même les voies par lesquelles il s’inclura sans heurt dans notre pacte social et notre pacte civique.

Chrétien, juif ou musulman, homme de foi, quelle que soit sa foi, croyant, quelle que soit sa croyance, chacun doit savoir se garder de toute ostentation et de toute provocation et, conscient de la chance qu’il a de vivre sur une terre de liberté, doit pratiquer son culte avecl’humble discrétion qui témoigne non de la tiédeur de ses convictions mais du respect fraternel qu’il éprouve vis-à-vis de celui qui ne pense pas comme lui, avec lequel il veut vivre.»

Bon, partant du principe que je sois musulman (c’est mieux que rien, sachant que le discours ignore allégrement les athées et les agnostiques de ce pays…). Ce que je dois retenir est que je suis bien un citoyen comme les autres. Ca, c’est plutôt cool. Mais d’un autre côté, et bien que je sois français depuis quatre générations, je ferai éternellement partie de « ceux qui arrivent » (qui sont apparemment tous de culte musulman. Ecrit mathématiquement : Immigration = Islam) et à qui on a enfin reconnu le droit de pratiquer leur religion ailleurs que dans des caves et des hangars. Avec ma religion qui semble trancher ostensiblement avec les racines chrétiennes de l’identité nationale (ah ça, on me l’a toujours caché… le mérite de l’intervention présidentielle est de remettre les pendules à l’heure. Mathématiquement : Identité nationale = Chrétienté + …), je me dis que j’ai tout intérêt à, d’une part, ramer comme un malade (en tous cas, beaucoup plus qu’un citoyen fraichement naturalisé mais de confession chrétienn) et, d’autre part, me faire tout petit, tout discret (« humble discrétion ») pour conserver le sésame de la citoyenneté… De toute façon, l’identité nationale me sera à jamais inaccessible (waoooo, quel malheur !) car, avec ma religion associée éternellement aux arrivants, je ne peux que la dénaturer (voir les deux égalités mathématiques mentionnées ci-dessus).

En dehors de ces p’tits soucis techniques, tout baigne pour moi…

Deux p’tites questions pour la route… Y a-t-il dans l’assistance quelqu’un :

  • pour m’éclairer sur l’étendue spatio-temporelle exacte de la civilisation chrétienne (simple curiosité intellectuelle)
  • pour m’expliquer depuis quand « la séparation du temporel et du spirituel» faisait partie des fondements de la République laïque. A ma connaissance (et jusqu’à ce que H. Guaino ne commence à revisiter l’Histoire), c’est l’église catholique qui a introduit en même temps que le principe de transcendance celui de séparation du temporel et du spirituel : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » (Saint Matthieu 22-21).

4- Lors d’un débat sur l’identité nationale (débat qui sera bientôt renommé « La foire aux conneries ») à Charmes (Vosges), la secrétaire d’Etat chargée de la famille et de la solidarité, Nadine Morano (ouioui, celle-là même qui se trémoussait dans le fameux clip UMP, jugé consternant et dégoulinant de bêtise, par Luc Ferry), a développé, lundi 14 décembre, ce qu’elle attendait d’un « jeune musulman » : « Moi, ce que je veux, c’est qu’il aime la France quand il vit dans ce pays, c’est qu’il trouve un travail, qu’il ne parle pas le verlan, qu’il ne mette pas sa casquette à l’envers » (Le Monde, 15 Décembre 2009).

Vous y voyez une quelconque stigmatisation, un quelconque amalgame, un p’tit bout de préjugés ? Je ne vous comprends guère… C’est à peine le portrait rebot d’un « Homo Gallicus Muslimus » type (cariacatural ?! mais nonnn), parlant verlant, avec une casquette à l’envers, freinant des quatre fer pour ne pas trouver un emploi…

5- Eric Raoult, le rapporteur de la fameuse commission qui a cogité durant des mois sur la Burqa (et député-maire de Raincy), à qui l’on demande si une femme portant la burqa devra l’enlever pour prendre le bus, répond par l’affirmative et argumente ainsi : « Prenons un exemple, il fait moins 3° devant l’Assemblée nationale, si une femme arrive avec un string, on va lui dire ‘Madame, vous allez attraper froid ! Donc en l’occurrence, veuillez vous couvrir’… »Conclusion de l’affaire, tout dépend du temps qu’il fera… En cas de canicule, le string sera même conseillé… et la Burqa ?

Mais rendant à César ce qui est à César. L’association pathétique entre burqa et string remonte à Martine Aubry. C’est bien elle qui a cru pouvoir étendre à la Burqa, l’interdiction, promulguée par le Maire de Paris, de l’usage du string sur les berges de Paris-Plage.

6- Evoquant la célébration à Marseille de la victoire de la sélection nationale algérienne (Eliminatoires de la Coupe du Monde, 18 Nov 2010), Jean-Claude Gaudin, maire-sénateur de Marseille, a su sortir : «Nous nous réjouissons que les musulmans soient heureux du match, sauf que quand après ils déferlent à 15.000 ou à 20.000 sur la Canebière, il n’y a que le drapeau algérien et il n’y a pas le drapeau français, cela ne nous plaît pas». Autrement dit, quand les supporteurs d’une équipe de football se rassemblent sur la Canebière, M. Gaudin n’y voit que des hordes de musulmans qui déferlent…

7- Lors d’un meeting à Franconville (28 Jan 2010), parlant d’Ali Soumaré (candidat PS d’origine malienne), le maire Francis Delattre a osé dire «Au début, j’ai cru que c’était un joueur de l’équipe réserve du PSG. Mais en réalité, il est premier secrétaire de la section de Villiers-le-Bel. Ca change tout! ».

De toute évidence, la grille de lecture du maire UMP est plutôt limitée. Son unique synapse (ce qui suppose qu’il a 2 neurones, ce qui n’est pas mal…) fait une association pavlovienne entre blacks des banlieues et footballeurs.

Identité nationale… et commandements bibliques

Par ces temps absurdes où on nous rabâche les oeilles avec l’identité nationale, après nous avoir bassinés, durant des années, avec les bienfaits de la globalisation et la nécessité vitale de s’adapter à un monde devenu village, Richard Prasquier, président du CRIF, a jugé utile d’apporter sa pierre à un édifice tremblotant.

Dans son article « Une complémentarité entre les identités juive et française » (Le Monde, 20 Novembre 2009, visible ici), R. Prasquier répond, dans une effervescence de citations (Abbé Grégoire, Clermont-Tonnerre, Elie Wiesel), à cette putain de fausse question : « … Ce que je voudrais exprimer ici, c’est la force complémentaire de ces deux entités, française et juive.C’est la rencontre de deux universalismes, celui des droits de l’homme et celui des dix commandements. ».

Dans ce climat délétère que le débat sur l’identité nationale a su créer, je comprends parfaitement son cri du cœur « Eh les gars, ne m’oubliez pas… je suis avec vous » et sa p’tite pensée intérieure « ben oui… si je ne leur dit pas que je suis bien avec eux, ils sont suffisamment cons pour me considérer contre eux ».

Mais au-delà du grand écart (un grand classique) qu’il n’hésite pas à faire (il est un peu payé pour ça, me diriez-vous !) entre appartenance à la nation (notion grégaire qui a fait son temps !) et allégeance à un peuple aux contours plus larges, et dans la foulée (par les pensées et les tendresses, selon ses dires) à Israël, « Etat non pas juif, car ouvert à tous ses citoyens, mais Etat du peuple juif »… au-delà de cette réponse qui me fait chier plus par sa volonté de légitimer une fausse question que par sa substance proprement dite… j’ai quelques scrupules à accepter l’universalisme des dix commandements. Imaginez juste un instant Tarik Ramadan évoquant l’universalisme de la loi coranique dans les colonnes du Monde, pour le mettre en parallèle avec celui des droits de l’homme… Sans beaucoup me mouiller, je pense que la réaction du monde politico-médiatique aurait été autrement plus épidermique.

Les Auvergnats : Quand il y en a un, ça va…

Cocktail de l’université d’été de l’UMP à Seignosse (Landes), le 5 septembre 2009, dans une ambiance franchouillarde mêlant rires gras et humour gluant, on assiste à l’échange surréaliste suivant :

Une responsable locale de l’UMP présente Amine Benalia-Brouch, un militant d’origine algéro-portugaise, au ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux : « C’est notre petit arabe, il mange du cochon et il boit de la bière »

Brice Hortefeux : « Ce n’est pas le prototype, ça », avant de rajouter « Il en faut toujours un. Quand il y en a un, ça va, c’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes ».

Moralité de l’histoire : Il a bien beau être français, né en Auvergne, manger du cochon et boire de la bière, Amine reste toujours et avant tout un petit arabe dans les yeux de ces copains de l’UMP.

No comment…

Storytelling

De « Storytelling » (L’art de raconter des histoire selon Christian Salmon), je n’ai pu m’empêcher de tirer ce p’tit extrait qui colle si bien à ce qu’on vit de plus en plus sur l’arène politique :

« Sous Reagan, le Bureau d’information et de communication de la Maison Blanche contribuait à créer une contre-réalité. L’idée était de détourner l’attention des gens des enjeux essentiels en créant un monde de mythes et de symboles afin qu’ils se sentent bien avec eux-mêmes et avec leur pays. (…) Il ne s’agit plus seulement d’informer efficacement le public sur les décisions de l’exécutif en s’efforçant de maîtriser l’agenda politique. Mais de créer un univers virtuel nouveau, un royaume enchanté peuplé de héros et d’antihéros, dans lequel le citoyen-acteur est invité à entrer. Il s’agit moins désormais de communiquer que de forger une histoire et de l’imposer dans l’agenda politique. »

La Peur des Barbares…

« Nous construisons notre civilisation avec des murs qui nous protègent de “l’autre”, forteresse contre les éléments, les bêtes sauvages, la différence. »  (Extrait du Mur de Simone Bitton)

Nous fêtons en fanfares les vingt ans de la tombée du mur de Berlin, alors que dans d’autres contrées, de nombreux murs physiques (pour ne parler que de ceux là) ont été édifiés depuis : Israël-Palestine, USA-Mexique, Inde-Bangladesh… Des murs de l’impuissance et de la peur d’un côté, de l’humiliation et de la haine de l’autre. Nous avons laissé pousser ces barrières de béton et de barbelés sous nos yeux, souvent approbateurs, sinon indifférents.

Vous êtes-vous déjà posés la question de qui a construit le premier mur ? de ce qu’il a pu avoir en tête au moment des faits ? et pour quel résultat ?

Chaque mur se proclame différent des autres dans sa nature, dans la problématique sous-jacente, sa raison d’être (immigration clandestine, forces indépendantistes, lutte armée, terrorisme, annexion de territoires…) , dans sa signification, dans son histoire fondatrice… Mais, comme le dit si bien Tzvetan Todorv (essayiste et historien, auteur de « La Peur des Barbares »), un point commun les relie : « c’est la mise en place d’une solution bancale destinée à conjurer la peur de l’autre »

La liste des murs est plutôt longue et ne fait que s’allonger. J’ai même l’impression que le mouvement pro-mur ne fait que commencer… Sans vouloir (ni pouvoir, d’ailleurs) être exhaustif, en voilà quelques uns :

  • Chine : La Grande Muraille de Chine de 2200 kms de long, construite au IIIe siècle avant J.-C. pur maintenir à distance les Huns
  • Angleterre – Ecosse : Le Mur d’Hadrien, érigé au IIe siècle par les Romains sur toute la largeur de l’Angleterre (120km) pour protéger le sud de l’île des attaques des tribus de l’actuelle Ecosse.
  • Corée : 140 kms de long, construit en 1963 dans la zone démilitarisée séparant les deux Corées.
  • Chypre : La fameuse « Ligne verte » (180 km qui n’ont de vert que le nom) construite entre 1964 et 1974.
  • Irlande : 15km de « lignes de paix », construits en 1969 à Belfast, puis à Portadown et Londonderry pour séparer les catholiques des protestants.
  • Sahara Occidental : 2000 km construits entre 1980 et 1986 pour repousser les attaques du Front Polisario et annexer une partie de l’ancienne colonie espagnole.
  • Etats Unis – Mexique : 900 km construits, en 1994, le long de la frontière, au nord du Rio Grande, pour se prémunir contre l’immigration clandestine. Les migrants illégaux passent plus difficilement. Mais ils passent quand même, souvent en prenant beaucoup plus de risques (traversée du désert impliquant plus de 370 morts en 2009)
  • Espagne – Maroc : 12km de barbelés(de 3 mètres 50 de haut) autour des enclaves espagnoles en Afrique du Nord, Ceuta et Melilla, construits en 1995 pour arrêter l’immigration clandestine vers l’Europe.
  • Inde – Pakistan : 550 km de barrière électrifiée, construits entre 2002 et 2003 pour enclaver le Cachemire Indien.
  • Irak : 5km de mur construits par les Américains à Bagdad (entrepris en 2007), avec l’objectif d’isoler le bastion sunnite d’Adamiya difficile à « sécuriser ».
  • Israël – Palestine : 700 km de béton armé, en construction depuis 2002 entre Israël et la Cisjordanie pour se prémunir des activités (terroristes pour les uns, de lutte armée légitime contre l’occupation, pour les autres). Ce mur n’est pas bâti sur la frontière entre les deux territoires (la fameuse « Ligne verte » !), mais empiète (parfois de quelques dizaines de kilomètres) sur des terres palestiniennes, empoisonnant la vie de tous les jours de milliers de palestiniens. Ce mur a été déclaré illégal par la Cour internationale de justice de La Haye, sans résultats palpables.

D’autres murs sont déjà programmés (sud musulman de la Thaïlande, frontières Saoudiennes avec l’Irak au nord, et le Yémen au sud, entre le Pakistan et l’Afghanistan, entre la Géorgie et l’Abkhazie …), avec tout l’appareillage de surveillance hyper-sophistiqué qui va avec…

Dans tous ces exemples, le mur ne fait que dresser une communauté, un peuple ou une catégorie socio-économique contre un autre, que diviser des populations que tout condamne à vivre ensemble, qu’attiser la le ressentiment, la haine et le désespoir des uns, le mépris et la peur des autres. Chacun de ses murs est en soi un aveu d’échec et de faiblesse.

Le temps accomplit toujours son œuvre et les murs finissent par tomber. Aucun mur au monde ne pourra se dresser éternellement devant l’instinct de survie, ni la soif de liberté. « Quand ils comprennent que seuls des fils de fer barbelés, un mur de 3,5 mètres de haut, un désert ou une rivière les séparent d’un espoir de vivre décemment, ils partent », résume Tzvetan Todorv . Ce constat ne peut, cependant, être d’un grand réconfort pour ceux qui en souffrent au jour le jour.

Et puis…

« Les murs dont nous devrions avoir le plus peur ne sont-ils pas ceux qu’on ne voit pas, ceux auxquels on croit, tout simplement ?”

Government is a broker in pillage…

Je reste toujours bouche bée devant la puissance de l’image Menckenienne, devant son réalisme satirique…

« The government consists of a gang of men exactly like you and me. They have, taking one with another, no special talent for the business of government; they have only a talent for getting and holding office. Their principal device to that end is to search out groups who pant and pine for something they can’t get and to promise to give it to them. Nine times out of ten that promise is worth nothing. The tenth time is made good by looting A to satisfy B. In other words, government is a broker in pillage, and every election is sort of an advance auction sale of stolen goods. »

H.L. Mencken (critique social américain, surnommé le « Sage de Baltimore »)