Vœux 2017 : Les divagations ultimes d’un (relativement) jeune vieux con…

« Testis unus, testis nullus : on ne va pas bien loin avec une seule couille » – Desproges

Tingitingi - eCard 2017

Il est samedi 24 décembre, vingt-heure pétante. Je viens de décider de me coller à la rédaction de mes vœux 2017. Ca fait déjà dix ans que je sacrifie à ce rituel que j’ai moi-même institué. Et je trouve qu’il est temps d’y mettre fin… Les rituels n’ont jamais été mon truc.

Je vous demanderais, comme chaque année, d’être indulgents quant aux fautes qui trainent ici et là. La raison en est double :

  • Je déteste me relire. Cette année, encore plus que d’habitude. Je pense que vous me suivriez sur ce point…
  • J’ai appris le français dans ce qui me passait entre les mains : les magazines de Ciné et les bouquins de cul (quelqu’un connaitrait-il la collection « Eroscope » ? C’était un peu Harlequin version hardcore). Et de toute évidence, je n’étais pas complètement concentré sur les subtilités grammaticales, ni sur les particularités orthographiques. Ceci étant dit, c’est bien à cette littérature interdite que je dois mon sens de l’abstraction et mon amour pour les mathématiques. Les voies du Seigneur sont impénétrables…

Je suis sûr que « vous voudriez que je fasse comme tous ceux qui n’ont rien à dire et qui le gardent pour eux ? Moi, lorsque je n’ai rien à dire, je veux qu’on le sache ! Je veux en faire profiter les autres. » – Raymond Devos

Pas de chance donc !

Avec mon sandwich saucisson-beurre (oui oui, c’est un peu la fête), le groupe Archive (et son album « Controlling Crowds ») à fond dans mon casque, je me lâche probablement pour la dernière fois. Au loin, les images de BFM TV (la chaine la plus merdique au monde) tournent en boucle. On y voit défiler ce qui importe le plus à une bonne partie de la population, à cet instant précis : la buche de Noël (glacée ou pâtissière), la célébration du réveillon et le transit probable d’un certain terroriste amateur par le sol français. Sont oubliés les dizaines de milliers de déplacés d’Alep, les centaines de milliers de réfugiés qui errent ici et là, ainsi que les centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants qu’on a condamné à une mort certaine par notre silence et nos compromissions. Je l’ai toujours dit : BFM est à l’information ce que la branlette est à l’amour… Ceci étant dit, comparer BFM (comme les autres chaines dites d’information continue) à la branlette, porte préjudice à cette dernière. Contrairement à BFM TV, l’onanisme permet la diffusion de dopamine (hormone du bonheur) dans le corps, active les muscles pelviens (chacun travaille le muscle qu’il peut 😳 ), et entraîne l’amélioration de la qualité du sperme (vu ce qu’on avale comme cochonneries, un sperme de bonne qualité sera bientôt une denrée si rare qu’elle vaudra de l’or :-) ).

Au risque de me répéter, cette période de fêtes me fout toujours à plat. Un compteur qui s’incrémente encore une fois et qui prend un malin plaisir à me rappeler que ce monde ne va guère mieux. Avec cette phrase reprise mot pour mot de mes vœux 2008, je boucle la boucle de 10 années de vœux pour rien… rien de nouveau, rien de meilleur, rien de vraiment palpitant sous le soleil… Bien au contraire, j’ai l’impression que depuis mes premiers délires, nous n’avons fait que nous enfoncer un peu plus dans la mouise, dans une espèce de bêtise crasse généralisée, un monde où l’idiotie est devenue cool.

Je vous donne un exemple super cool : Le Masturbate-a-thon à San Francisco. Cet événement annuel rassemble des centaines de branleurs (au sens propre du terme) qui payent 20 dollars pour passer la journée à se toucher, pour leur bien et celui de l’humanité toute entière, puisque les fonds collectés sont reversés à des associations caritatives. L’évènement a lieu en mai, le mois international de la masturbation (sisi, vous avez bien lu) … C’est aussi l’occasion de battre le record mondial de la branlette la plus longue, record détenu depuis 2012 par Sonny Nash (acteur porno) : dix heures et dix minutes avant d’éjaculer. Ce qui est étonnant c’est que ni BFM, ni TF1, n’en ont parlé…

En revoyant mes archives, je me rends compte que j’ai commencé à vous bassiner avec la révolution qui couve, dès 2010. Depuis, des révoltes ont éclaté un peu partout. Quelques-unes ont fini par enflammer des pays entiers, entrainant des guerres, des massacres fratricides et des déplacements de population qui continuent à propager leurs ondes de choc un peu partout. D’autres se sont révélées plus constructives et ont abouti à de vrais changements (démocratiques ou pas). D’autres, enfin, ont fait pshit et se sont fini dans l’oubli (du moins temporairement). Mais, comme dirait le philosophe Gilles Deleuze, « les révolutions sont faites de tentatives avortées »…

La vision de Deleuze sur les révolutions est, d’ailleurs, particulièrement intéressante. A la lumière des quelques révolutions qu’on a vu passer ces dernières années, je ne peux qu’y adhérer. Je vous la livre en vrac :

« Toutes les révolutions foirent. Tout le monde le sait : on fait semblant de le redécouvrir, là. Faut être débile ! Alors, là-dessus, tout le monde s’engouffre. […] Que les révolutions échouent, que les révolutions tournent mal, ça n’a jamais empêché les gens… ni fait que les gens ne deviennent pas révolutionnaires ! On mélange deux choses absolument différentes : d’une part, les situations dans lesquelles la seule issue pour l’homme c’est de devenir révolutionnaire, et, d’autre part, de l’Avenir de la révolution. Les historiens, ils nous parlent de l’avenir de la révolution, l’avenir des révolutions… Mais c’est pas du tout la question ! Alors, ils peuvent toujours remonter aussi haut pour montrer que si l’avenir a été mauvais, c’est que le mauvais était déjà là depuis le début, mais le problème concret, c’est : comment et pourquoi les gens deviennent-ils révolutionnaires. […]. Si on me dit après : “Vous verrez, quand ils auront triomphé… Si leur révolution réussit, ça va mal tourner !”… D’abord, ce ne serait pas les mêmes. Ce ne seront pas du tout les mêmes genres de problèmes. Et puis, bon : ça créera une nouvelle situation, à nouveau il y aura des Devenirs révolutionnaires qui se déclencheront… L’affaire des hommes, dans les situations de tyrannie, d’oppression, c’est effectivement le Devenir révolutionnaire, parce qu’il n’y a pas d’autre chose à faire. Quand on nous dit après “Ah, ça tourne mal”, tout ça… : on ne parle pas de la même chose. C’est comme si on parlait deux langues tout à fait différentes : l’Avenir de l’histoire et le Devenir actuel des gens, ce n’est pas la même chose. »

L’année s’achève avec la vie de notre Cricri qui glisse vers sa fin. Sa révolution est en train de s’éteindre gentiment. Nous la pleurons comme une mère.

L’année s’achève. Mais son lot de catastrophes ne semble pas se tarir pour autant. Entre la crise des réfugiés (qu’on a fini, moyennant finances, par parquer chez Erdogan), les boat people qui s’échouent par centaines (morts ou vivants) sur les plages de l’Europe, la chute d’Alep et son retour dans l’escarcelle d’un pouvoir sanguinaire, la montée des populismes partout dans le monde, les menaces terroristes et ce qu’elles engendrent comme législations liberticides, la montée de la dette et la dérive vers une stagnation séculaire, le risque croissant de cyber-attaques d’envergure, l’incapacité des masses à analyser le bordel ambiant et l’incapacité encore plus flagrante des médias à remplir leur mission première, je ne vois malheureusement pas le bout du tunnel. Et ce n’est surement pas la dinde de Noël (aussi volontaire qu’elle soit), avachie sur le dos, les papattes en l’air, qui nous guidera vers la lumière.

Je me sens étranger à ce monde qui a perdu son romantisme, son utopisme révolutionnaire des années 60. Les contextes socio-économique et géopolitique actuels, la crise multiforme qui perdure, ont suscité des vocations, pour le meilleur comme pour le pire. Mais, pour l’instant, c’est le pire qui se trouve sous le feu des projecteurs.

Ce qui se déroule sous nos yeux est un mélange inquiétant de populisme triomphant et de conservatisme qui fout la pétoche. L’extrémisme islamiste n’est qu’une facette de l’image sombre qui se dessine pour les dix prochaines années. Le feu de l’actualité a braqué les projecteurs sur ces jeunes djihadistes qui, surfant des inepties dogmatiques qui sont à l’Islam ce que le Rap est à Mozart (sauf que j’aime bien le Rap), ont basculé dans l’horreur et la banalité du mal. Et de la même façon que cette menace est née en-dessous de tous les radars (médiatiques, mais pas seulement), d’autres passeront inaperçues jusqu’au come-out final. Les jeunesses identitaire et réactionnaire, par exemple, exhibent des similarités inquiétantes avec le djihadisme islamique et portent cette même haine de l’idéologie libérale-libertaire. Toutes ces jeunesses vivent la même crise morale et identitaire. Dit autrement, le pétage de plomb religieux, le conservatisme viscéral et la crispation identitaire (ou Zemmourisme) ne sont que différentes facettes d’un même mal. Un jour, on s’en rendra compte… Mais, ça sera déjà trop tard.

Je m’amuse régulièrement à mater les grands titres de « Valeurs Actuelles ». Faites pareil et vous comprendrez de quoi je parle… Marion Maréchal-Le Pen n’a-t- pas dit : «Nous sommes la contre-génération 68. Nous voulons des principes, des valeurs, nous voulons des maîtres à suivre, nous voulons aussi un Dieu » ?

Frédéric Dard l’a bien vu : « Le signe de notre époque, c’est que les vieux cons sont de plus en plus jeunes. »

Nous prenons tous une part active dans ce qui se passe, le plus souvent par notre passivité et notre volonté obsessionnelle de nous protéger à court-terme. Malheureusement, dans ce cas précis, notre passivité nous coute cher. Nous sommes condamnés à subir les contre-coups des conneries accumulées depuis le déclenchement des printemps arabes (au moins). Y a-t-il une solution ? Je ne pense pas. Y a-t-il une limite dans le temps ? je n’en sais pas. Contrairement à ce que racontent tous ces politiciens démagogues, aucune approche sécuritaire ne sera suffisante pour endiguer le problème. Pactiser avec le diable ne nous sortira pas de l’ornière, non plus. Et ne comptez pas sur les faux experts érigés en spécialistes qui pullulent sur les plateaux télé pour vous le dire… C’est fou comme ces soi-disant experts sont versatiles. A vue d’œil, ils sont en train de normaliser l’armée régulière syrienne et à relativiser ses crimes abjects. Penser que le régime Assad est la solution, y voir un rempart au djihadisme, c’est se mettre le doigt dans l’œil (et là, je suis sympa).

Je ne suis pas totalement pessimiste, pour autant. Les prémices d’une solution sont peut-être à trouver dans ce que dit Amin Maalouf dans « Les identités meurtrières » : « Les sociétés sûres d’elles se reflètent dans une religion confiante, sereine, ouverte ; les sociétés mal assurées se reflètent dans une religion frileuse, bigote, sourcilleuse. Les sociétés dynamiques se reflètent en un islam dynamique, innovant, créatif ; les sociétés immobiles se reflètent en un islam immobile, rebelle au moindre changement. »

Focaliser sur l’Islam (ou la religion, en général) est un non-sens total. Focalisons-nous plutôt sur toutes les crispations et fantasmes idéologiques et essayons de les désamorcer à la base.

Je me sens atterré par l’idiotie ambiante. On en fait des tonnes sur une poignée de femmes qui se baignent toutes habillées et on oublie les milliers de migrants qui se noient. Certes, tout est dans la com et la démagogie. Tout est de le hashtag qu’on colle un peu partout.

Mais, parfois trop, c’est trop… Qu’un banquier se prenant pour Jésus sur la croix (la fin de son grand meeting de Paris est devenue culte) nous pique notre cri de ralliement d’il y a 4 ans (« Révolution en marche ») pour en faire son slogan de campagne, ça me met hors de moi. Jetez un coup d’œil à notre carte de vœux de 2013 et vous verrez qu’à un pauvre hashtag près, le Macron est en retard de phase. RevolutionenMarche Je suis juste curieux de savoir combien il a dû casquer pour redécouvrir ce slogan réchauffé, né au fin fond de la brousse Djerbienne.

Je reviens sur cette histoire grotesque de burkini, sur laquelle j’ai déjà poussé ma gueulante (avec « Ta mère en string à la Bocca ! » ). La Laïcité est une bâtisse incontestablement magnifique. Mais sur les quelques dernières années, je ne peux que constater la montée d’une certaine tendance laïciste intégriste qui voudrait en faire un outil antireligieux visant à rendre l’espace public complètement neutre (aujourd’hui à la religion, demain à toutes les idées et opinions jugées subversives)

Ce que je vois, c’est une grosse confusion autour de la notion de laïcité : sa signification et sa portée. A la question « Qu’est-ce que la laïcité, pour vous ? », vous auriez une réponse bateau du type « La séparation des Eglises et de l’Etat ».

FAUX ! La Laïcité est, avant tout, la protection de la liberté de conscience dans le cadre de la loi et dans le respect de l’ordre public.  C’est du moins ce qui ressort de l’Article 1er de la loi de 1905 « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées (…) dans l’intérêt de l’ordre public ». L’article 2 de la même loi prévoit que « la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte », et instaure de fait la séparation entre l’Eglise et l’Etat. Il n’y a nulle part mention d’un espace public religieusement neutre.

D’ailleurs, en 1905, lors du vote sur la loi de séparation des églises et de l’État, certains républicains durs cherchèrent à faire interdire le port de la soutane dans l’espace public. A l’époque, les tenants de l’interdiction du costume ecclésiastique dans l’espace public mettaient en avant un argument similaire à ce qu’on entend aujourd’hui : La soutane est un habit de soumission (qui, sous sa forme de robe, porte en plus atteinte à la dignité masculine ! 😈 ) et le devoir de L’Etat est de libérer les prêtres du joug de la soutane. Aristide Briand (qui portait la loi) s’y opposa au nom de la liberté d’afficher ses opinions et donc sa croyance. Il s’exprima ainsi : « Votre commission, messieurs, a pensé qu’en régime de séparation la question du costume ecclésiastique ne pouvait se poser. Ce costume n’existe plus pour nous avec son caractère officiel (…). La soutane devient, dès le lendemain de la séparation, un vêtement comme les autres, accessible à tous les citoyens, prêtres ou non. » C’est cette version ouverte qui a été votée avec le soutien du camp progressiste. Revenir à la loi et respecter son esprit serait peut-être le chemin le plus court vers l’apaisement…

Je me rappelle avoir dit, il y a quelques années, que le jour où je m’entendrais parler tout seul dans la rue ou ailleurs, j’y verrais le début de la fin…. Ma fin. C’est désormais chose faite. Je me sentais déjà vieux, con, blasé et peut-être même aigri. Et là, c’est la sénilité qui semble frapper à la porte. Merci 2016 !

D’ailleurs, pour tout vous dire, et depuis un petit moment, je sens la mort qui rode. Son odeur est là, indéfinissable mais limpide. George Michael y est passé. Pourquoi pas moi ?  😉 C’est peut-être la hantise de la cinquantaine qui me joue des tours. Mais, pragmatique comme je peux l’être, j’ai commencé à m’y préparer.  Aussi, j’ai décidé, entre autres, d’épargner à celui ou celle qui lira mon discours funèbre de devoir en plus le pondre. Je vois très bien Melle T. s’en charger. A la différence de Melle N. (et de moi-même, si j’étais encore là), elle restera stoïque et ne s’étouffera pas dans ses sanglots, ni sa morve. Pour détendre l’atmosphère, elle fera même des blagues, j’en suis sûr… 😛

Projet de discours funèbre :——————————————————————

Papa, tu as toujours adoré les crises. Tu y voyais l’opportunité unique d’amorcer les grands changements qui s’imposaient et qui s’imposent toujours. Mais tu as eu tort de bout en bout. Les crises se sont succédées, plus intenses les unes que les autres. Des vents de révolte se sont levés ici et là, mais ont rapidement étaient étouffés par l’asservissement généralisé d’une populace qui voit ses acquis se réduire comme peau de chagrin mais s’y cramponne quand même. Oui… tu le disais si poétiquement : « Tous tenus par les couilles par un système qui vous (et là, tu parlais de nous) sucera jusqu’à la moelle. Tout ira de mal en pis mais personne ne bougera son p’tit cul de peur qu’un plus lâche ne prenne sa place. Un mélange de peur, de résignation et d’espoir (savamment entretenu par une élite sénile et des médias à ras les pâquerettes) éloignera toute velléité de rébellion. Mais ça ne durera qu’un temps. Une étincelle surgira de nulle part et transformera la forêt en brasier. Le système implosera sans crier gare.  Vous resterez tous bouche bée tellement le catalyseur semblera insignifiant, ridicule. »

Durant des années, tu nous as soulé avec la décroissance heureuse, la sobriété volontaire, la limitation des ressources, la montée des inégalités, la lente dérive vers la stagnation séculaire.

C’est marrant… A chaque geste de la vie courante, j’entends déjà ton murmure sépulcral, caverneux, m’intimant l’ordre de couper l’eau en me brossant les dents ou en me savonnant sous la douche, d’éteindre la lumière en changeant de pièce. Je t’entends encore nous suggérer de ne pas tirer la chasse d’eau à chaque pipi, de faire pipi sous la douche (C’est d’ailleurs, le seul truc que je fais vraiment). Je t’entends aussi rouspéter contre la période des fêtes, les abus qui vont avec, la bouffe à gogo et les cadeaux qui pullulent. Tu as exigé à ce qu’on n’ait plus de cadeaux, puis tu as revu tes prétentions à la baisse en demandant à ce qu’on en limite le nombre, et enfin tu as compris que ton combat était perdu d’avance et préféré partir te terrer sur ton caillou… Heureusement, d’ailleurs. Tu nous  manquais, certes, mais les cadeaux étaient là pour nous remonter le moral Papa ! 😈

Un jour, je t’ai demandé à quoi servait que je m’applique à respecter tes règles si les autres ne le font pas avec la même discipline. Je ne voyais vraiment pas comment l’action insignifiante d’une petite fille, vivant dans le trou du cul du monde (Djerba ou la Dordogne, au choix), pourrait influencer le cours des choses, ou l’état du vaste monde. Tu as, tout d’abord, essayé de m’expliquer tout ça par la théorie de la goutte d’eau : les gouttes unitaires se rassemblent pour faire des ruisseaux, puis des rivières et des fleuves, avant de venir se déverser dans les mers et les océans. Tu as ensuite commencé à déliré sur l’évolution des systèmes dynamiques, sur l’effet papillon et comment le battement d’ailes d’un papillon dans notre jardin pourrait provoquer une tornade à l’autre bout du monde… Ce jour-là, tu m’as embrouillé plus qu’autre chose (comme à ton habitude, d’ailleurs). Mais, j’ai fini par me convaincre, toute seule comme une grande…

En fait, j’ai compris que nous, les humains, on nait avec un énorme handicap, un vrai souci d’échelle : celui de l’inadéquation entre la durée de notre vie et l’horizon de visibilité qu’on pourrait espérer sur les problématiques qui hantent (ou qui devraient hanter) nos nuits. Notre vie est trop courte. Notre mémoire aussi. Et on a donc du mal à se projeter plus loin, à se sentir responsable de ce qu’on ne verra pas de notre vivant.

Pire… Non seulement l’humain a tendance à vivre dans l’immédiat, mais aussi à penser en individualiste (à l‘exception de quelques sociétés en voie d’extinction) et à agir en dehors de toute approche collective. Ce n’est donc pas étonnant qu’on ait quelque mal à concevoir l’impact de notre action sur des problématiques dont la résolution nécessiterait de fédérer beaucoup de monde, très longtemps.

Durant des années, on t’a entendu parler des révolutions qui couvent, de la nécessité de passer un jour ou l’autre à la caisse… Et puis, les révolutions ont éclaté. Et on a vu ce que ça a donné, ici et là… Un vrai bordel globalisé. Mais, tu ne t’es jamais démonté. Tu trouvais normal que les révolutions foirent pour que les sociétés évoluent. Moquer les révolutions avortées, on n’avait pas le droit de le faire, pas plus que les chagrins d’amour. C’est ce que tu disais…

Papa, ce qui te pesait le plus c’est le désengagement généralisé de l’action citoyenne, la réduction des libertés et la peur obsessionnelle de l’autre. Se mélanger, c’est beau, tu disais… L’Espagnol tel que vu par Desproges, en est la preuve vivante : « Dans des conditions d’hygrométrie normales, on constate qu’un Espagnol moyen se compose de trois quarts d’omnivore et d’un quart d’Arabe. Cette singularité chimique s’appuie en fait sur une réalité historique. Il y a longtemps, très longtemps, bien avant l’appel de Cochin, des milliers d’Arabes sont entrés en Espagne. Ils couraient tellement vite qu’ils ne s’arrêtaient même pas pour pointer au bureau de l’émigration. Ils étaient bruns, ils étaient beaux, ils sentaient bon le couscous chaud, et les femmes se calaient dessous sans broncher »

Une époque révolue… L’Arabe savait courir, apparemment. Mais il me semble qu’il a un peu plus de mal quand il s’agit de nager.

Au fil des années, on t’a collé l’étiquette de pessimiste, chose que tu as réfuté jusqu’au bout. Tu te considérais plus comme un optimiste pragmatique qui ne croit plus à la pérennité du système actuel. Tu parlais toujours de la phase de chao qui serait inévitable durant la transition vers ce monde nouveau qui finira par éclore. Pourquoi alors faire des gausses dans ce contexte de merde ? Ta réponse m’a toujours fait marrer (mais pas Melle N.). Tu citais au moins deux raisons :

  • Une purement économique, mais quelque peu perverse : C’est le meilleur moyen (éthiquement acceptable) d’accéder à la main d’œuvre quasi-gratuite dans un monde où l’on reviendrait, tôt ou tard, à notre préoccupation la plus basique d’éleveurs-cueilleurs…
  • Une autre plutôt psychique, relevant de ce que tu appelais le « syndrome de Noé » : Sentant que le déluge ne va plus tarder, on se trouve porté par une envie irrésistible de construire un bateau et d’embarquer tous ceux qu’on aime… En faisant des gausses (qui, par définition, ne peuvent s’opposer à l’embarquement), on ne fait qu’augmenter le taux de remplissage du bateau, de se garantir quelques accompagnateurs inconditionnels, évitant ainsi les grands moments de solitude… Au pire, tu disais, on fait un p’tit tour et on revient au point de départ…

Papa, tu n’étais pas un pessimiste, mais plutôt un utopique désenchanté, doublé d’un naïf. Mais bon… on t’aimait bien, quand même…

Et pour t’accompagner dans ton long voyage vers Osiris, je n’ai trouvé que ce p’tit passage de Desproges… Je sais que tu vas adorer ses GROS mots.

« Le Français qui grattouille dans France-Soir-Figaro, le même qui fait sa Une du week-end sur les faux anus papaux, les courses de nains sur canassons ou SaintÉtienne-Moncuq, en accordant trois lignes par an aux enfants du monde qui crèvent de nos excès de foie gras, ce Français-là et ceux qui le lisent réservent les mots d’ignoble, d’odieux, de salace et d’immonde aux colères télévisuelles éthylicosuicidaires des gens qui ont inventé le seul nouveau journal en France depuis je suis partout. Le seul journal de France qui ne ressemble pas à France-Soir-Figaro. Oui, le seul. Et ce n’est pas par hasard si ceux qui l’ont créé étaient aux premières loges pour participer à la seule émission de télé nouvelle en France depuis Louis-Philippe. Les Français sont nuls. Pas tous. Pas mon crémier, qui veut voir la finale Le Pen-Marchais arbitrée par Polac à la salle Wagram, mais les Français coincés chafouins qui s’indignent parce qu’on a dit prout-prout-salope dans leur télé. Changez de chaîne, connards, c’est fait pour ça, les boutons. Quand vous voyez trois loubards tabasser une vieille à Strasbourg-Saint-Denis, vous regardez ailleurs. Eh bien, faites pareil quand il se passe vraiment quelque chose dans votre téléviseur. Regardez ailleurs. Regardez Le grand échiquier » (Extrait de « Les étrangers sont nuls »).

Papa, tu nous as quitté un mois de Mai : le mois des branleurs, comme tu disais….

Bon vent, Papa ! 😥

——————————————————————————————————-

Pour l’instant, je suis encore là. Mais, je me sens étranger à ce monde disloqué, ce monde où seuls les paranoïaques survivront. Bientôt, on devra se méfier de tout, même de son sex-toy qui croupit à côté du lit… Je ne rigole point. Deux chercheurs australiens ont récemment réussi à prendre le contrôle d’un vibromasseur connecté et à en tirer pas mal d’informations sensibles (fréquence d’utilisation, durée, fonctions privilégiées…). Une raison de plus pour revenir à la bonne vieille approche manuelle.

Je me sens las de la parole militante, même quand c’est la mienne. Je la trouve trop univoque, trop moraliste… Ma lassitude est d’autant plus grande que les dés seront de plus en plus pipés. Voir une majorité écrasante se dire prête à troquer sa liberté contre plus de sécurité me fout littéralement les boules. Avec la bénédiction de nos représentants, des lois ont été votées permettant la surveillance de masse, et l’intrusion dans la vie privée des gens. Et c’est passé comme une lettre à la poste. Nous nous sommes ainsi engagés sur une pente glissante qui, dans l’histoire, a déjà changé des démocraties en dictatures. Benjamin Franklin disait, à raison : « Celui qui sacrifie sa liberté pour un peu de sécurité n’aura ni l’un ni l’autre».

Mais… « Comme disait Jeanne D’arc en grimpant au bûcher : L’essentiel, c’est d’être cru. » – Frédéric Dard. Pas gagné !

Des fois, je me dis que le signe le plus évident d’une intelligence extraterrestre est qu’ils n’ont pas essayé de nous contacter…

J’ai juste envie de me terrer et de me faire oublier. Que cette année soit meilleure que les précédentes ! avec plein de sécurité et d’amalgames et moins de libertés et de discernement… A bas toutes les idées subversives du type : « Les hommes sont les mêmes partout : les frontières ne figurent que dans nos âmes. Mais ne dis jamais à personne que la seule vraie patrie de l’homme, c’est l’homme ! On te prendrait pour un poète. Ce qui est pire que tout. » – F. Dard

Le Poète (« de mes deux… » – Alexandre Astier, Kaamelott, Livre II, épisode L’Ivresse :mrgreen: ).

PS : Je vous mets ici une compilation de mes délires des années précédentes… Des collectors en puissance !

2016- Vœux 2016 : Un mouton qui vous veut du bien… et la  bande dessinée qui va avec. 2015- Anti-vœux 2015 : « Rectal feeding » pour tout le monde… 2014 – Vœux 2014 – Le Père Noël s’met à l’arabe… 2013- Chroniques de la Fin d’un Monde – Acte II 2012- Des Voeux qui vous gaveront… 2011- Et le vieux con parla… 2010- Oxala House : Voeux d’un Eco-hypocrite 2009- Oxala House : Vœux en temps de récession

Et enfin, une p’tite carte de vœux pour la route…

Tingitingi - eCard 2017

Anti-vœux 2015 : « Rectal feeding » pour tout le monde…

« Un jour, on aura besoin d’un visa pour passer du 31 décembre au 1er janvier. » disait Jacques Sternberg. Ce jour-là, le basané que je suis, se trouvera confiné au 31 décembre (une fois pour toutes) et arrêtera enfin de vous souler avec ses anti-vœux de daube.
Mais d’ici là, vous allez en baver… Car, comme chaque année, j’ai de quoi vous gâcher cette merveilleuse période des fêtes… Oreilles prudes, s’abstenir !

C’est décidé. Je ne serai jamais un terroriste… car je n’ai aucune envie de me retrouver avec des pâtes en sauce dans le trou du cul ! Le Sénat américain a dévoilé la version abrégée (quelques 500 pages de synthèse d’un document plus important, de 6 700 pages, – toujours classifié) de son rapport sur les pratiques de la CIA dans sa fameuse « guerre contre le terrorisme ». Un rapport qui fait froid au (bas du) dos. Page 115, vous trouverez un paragraphe édifiant sur le «rectal feeding» (on en apprend tous les jours…): « Après approximativement trois semaines, la CIA a opté pour un traitement plus agressif… Mahjid Khan a alors été soumis contre sa volonté à une alimentation et une hydratation rectales impliquant deux bouteilles de ‘Ensure’ (boisson énergisante américaine). Plus tard ce même jour, le plateau repas de Mahjid Khan, composé de houmous, de pâtes en sauce, de noix et de raisin, a été réduit à l’état de purée et introduit par voie rectale… ».

Au-delà de la dimension purement technique qui me fait serrer l’œillet, c’est le mélange des genres que je n’aime pas. A cause de leurs conneries, on finira par confondre sodomie et fellation… Le même rapport de synthèse précise comment la CIA a pu engager deux médecins (James Mitchell et Bruce Jessen), pour développer une méthode de torture qui permette de réduire les prisonniers à un état de délabrement mental et physique. Les médecins ont basé leurs recommandations sur la théorie dite « de l’impuissance acquise», où des individus sont susceptibles de devenir passifs et déprimés en réaction à des événements systématiquement défavorables et/ou incontrôlables. Selon le rapport, les deux médecins ont reçu 81 millions de dollars de la CIA pour leurs services. La CIA leur a fourni, en 2007, une immunité légale relative à toute responsabilité juridique pouvant découler de ce beau programme de coaching personnalisé.

Je ne me ferai pas Chinois, non plus… Le Parti Communiste Chinois a décidé de s’attaquer aux diaosi (littéralement « poil de bite » en chinois… oui oui, j’en suis un), autrement dit aux branleurs de tout poil. Le Quotidien du Peuple (la voix officielle du Parti) a publié un article le 2 décembre 2014 pour fustiger ces nouveaux ennemis du peuple : « Beaucoup de jeunes se désignent désormais comme branleurs (…). Hommes ou femmes, qu’ils aient un peu de succès ou soient paresseux et décadents, tous se battent consciemment ou inconsciemment pour décrocher cette étiquette. Si vous ne l’êtes pas, c’est comme si vous vous détachiez des masses ». Etre diaosi n’est plus une injure, mais une contre-culture pleinement revendiquée par tous ces jeunes qui refusent le système. La « zhengnengliang » (énergie positive) est le mot d’ordre de la Chine qui gagne.  S’opposer à ce mot d’ordre, c’est tout simplement faire de la résistance passive au modèle dominant.

Et je ne roulerai plus de pelles… Plus jamais de « French kiss » sans étude préalable du microbiote orale de la partie envahissante… Des chercheurs néerlandais (revue Microbiome du 17 novembre) ont révélé qu’un patin de dix secondes permet de propager 80 millions de bactéries entre les deux bouches. Berk !

Le PIB est sous perfusion et tout le monde flippe à l’idée de le voir rechuter durant sa convalescence qui n’en finit plus… Malgré le remède de cheval administré par les banques centrales les plus en vue, la croissance semble en berne aux quatre coins de la planète…
Dans l’un de ses discours de 1968 (prononcé à l’université du Kansas), Robert F. Kennedy soulignait déjà les limites du PIB en tant que mesure de la richesse d’un pays :
« Notre PIB prend en compte, dans ses calculs, la pollution de l’air, la publicité pour le tabac et les courses des ambulances qui ramassent les blessés sur nos routes. Il comptabilise les systèmes de sécurité que nous installons pour protéger nos habitations et le coût des prisons où nous enfermons ceux qui réussissent à les forcer. Il intègre la destruction de nos forêts de séquoias ainsi que leur remplacement par un urbanisme tentaculaire et chaotique. Il comprend la production du napalm, des armes nucléaires et des voitures blindées de la police destinées à réprimer des émeutes dans nos villes. Il comptabilise la fabrication du fusil Whitman et du couteau Speck, ainsi que les programmes de télévision qui glorifient la violence dans le but de vendre les jouets correspondants à nos enfants.
En revanche, le PIB ne tient pas compte de la santé de nos enfants, de la qualité de leur instruction, ni de la gaieté de leurs jeux. Il ne mesure pas la beauté de notre poésie ou la solidité de nos mariages. Il ne songe pas à évaluer la qualité de nos débats politiques ou l’intégrité de nos représentants. Il ne prend pas en considération notre courage, notre sagesse ou notre culture. Il ne dit rien de notre sens de la compassion ou du dévouement envers notre pays.
En un mot, le PIB mesure tout, sauf ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue ».
Lucide, le bougre…

Mais, aussi visionnaire qu’il pouvait l’être, Kennedy ne pouvait imaginer qu’un jour, devant une économie en panne de croissance, on pousserait le délire au point d’intégrer le trafic de drogue et la prostitution dans la création de richesse. Là, c’est chose faite… On passe de la perfusion au dopage pur et simple… Après tout, l’argent n’a pas d’odeur.
Les revenus issus du trafic de drogue et de la prostitution pourraient gonfler le PIB d’un peu moins de 1 % au Royaume-Uni, et sûrement plus de 1.2% en Italie. Les activités criminelles qu’on intègre sont définies dans un document de la Communauté Européenne « Les activités économiques illégales ne sont considérées comme opération qu’à partir du moment où toutes les unités concernées y participent de commun accord. Dès lors, l’achat, la vente ou l’échange de drogues illicites ou d’objets volés constituent des opérations, alors que le vol n’en est pas une ». Dit autrement, ne compte que l’activité prohibée pratiquée par consentement mutuel … Nous voilà rassurés sur la méthodologie !

Il n’y a pas que les banques centrales qui jouent aux apprentis-sorciers. Les médecins aussi… C’est ce qu’une patiente américaine (appelons-là Nosy) a appris à ses dépens. Suite à un accident de la circulation, Nosy est devenue paraplégique en raison d’une lésion de sa moelle épinière. Quelques années plus tard, un hôpital de Lisbonne lui propose de tenter une régénération de la liaison nerveuse entre le cerveau et le bas de son corps par implantation, au niveau de la vertèbre lésée, de cellules souches prélevées sur sa muqueuse nasale. Le résultat fut décevant et aucune amélioration n’a été constatée. Huit ans après, Nosy a commencé à se plaindre de douleurs au dos, et a dû être opérée de nouveau pour ôter une masse fibreuse de quelques 4 centimètres de long qui a poussé au niveau de la blessure originelle. Après analyse, cette masse s’est révélée être un ersatz de nez : un mélange de cellules nerveuses, de muqueuses respiratoires, de fragments d’os, le tout enrobé dans un épais mucus (pour ne pas dire morve)…  C’est un peu comme si toutes les composantes d’un nez sont apparues, dans le désordre le plus total, sur la colonne vertébrale de Nosy. Après la bouche dans le cul, voici le nez dans le dos (et cette fois-ci, la CIA n’y est pour rien !).

La crise s’éternise sans pour autant entamer la niaque de certains éternels optimistes.
« La Grèce se trouve dans une période cruciale. Cinq ans d’efforts sans précédent s’achèvent. Nous parcourons le dernier kilomètre du marathon vers la sortie de crise » : c’est ainsi qu’Evangelos Venizelos, vice-Premier ministre s’est exprimé récemment sur l’économie de son pays.  Il semble avoir oublié que le soldat qui a couru jusqu’à Athènes annoncer la victoire de Marathon a clamsé au bout du dernier kilomètre…
Venizelos a bien mérité sa carte de membre à vie de La Ligue des Optimistes de Suisse qui se décrit sur son site http://ch.optimistan.org/ comme «une association qui s’est donné pour mission de promouvoir l’optimisme et l’enthousiasme dans tous les domaines de la vie, privée ou publique, économique, culturelle ou sociale.» Cynique comme je suis, je n’ai pu m’empêcher de vous sélection un p’tit bout de  sa page relative aux éternels-optimistes : « L’optimisme est une attitude mentale qui aide à appréhender la vie d’une manière positive et active, autour de quelques convictions fondamentales : Le monde à venir est fait avant tout de possibles favorables et d’opportunités à saisir ; Face à tout problème, l’intelligence créatrice des hommes trouvera toujours une solution ; En toutes circonstances, l’utilisation de nos forces ouvre davantage de possibilités que la lutte contre nos faiblesses ; Face à l’inconnu, on a toujours le contrôle sur quelque chose, ne serait-ce que sur nos propres pensées. »
C’est touchant !

Mais tout le monde ne connait pas la crise. L’argent coule à flot dans le secteur des nouvelles technologies. Bill Gurley, l’un des capital-risqueurs les plus influents sort de sa réserve pour fustiger les montants phénoménaux levés et brulés par des entreprises toujours à des années-lumière du point mort : «Je pense que dans son ensemble, la Silicon Valley, à moins que ce ne soit la communauté des investisseurs ou celle des créateurs de start-up, prend une quantité excessive de risques sans précédent depuis 1999 […] Et il y a plus de gens dans la Silicon Valley qui travaillent pour des entreprises qui perdent de l’argent en ce moment qu’il y en a eu au cours des quinze dernières années […] Dire que nous ne sommes pas confrontés à une bulle parce que ce n’est pas aussi haut qu’en 1999, c’est comme dire que Kim Jong-un n’est pas mauvais parce qu’il n’est pas Hitler ».

Mark Zuckerberg (le gars de Facebook) a mis quelques 19 milliards de dollars sur la table pour s’offrir WhatsApp, une application de messagerie instantanée ayant toujours exclu  la vente de publicité et dont le seul revenu, à ce stade, est un paiement one-off de 0.99$ sur iOS (et 0.99$ par an sur les autres plateformes, la première année étant gratuite). Zuckerberg se justify ainsi : « With WhatsApp it’s about the strategic value of what we can do together. I think by it, it’s worth $19bn even if it doesn’t have the revenue to show for it – but it has the reach. I could be wrong – this could be the one service that gets to one billion people and ends up not being that valuable – but I don’t think I’m wrong. »

Il a les couilles haut perchées, le Zuckerberg… Quand on investit 19 Mld de dollars dans une boite avant de savoir comment en sortir du fric, on n’a clairement pas intérêt à se planter…

Certains ne veulent même pas la reconnaitre, cette putain de crise… La Chine en fait partie. Un milliard et demi d’individus qui sont passés maîtres dans l’art de serrage des fesses. En attendant que les occidentaux retombent dans leur délire consumériste (financé à crédit, bien évidemment), La Chine continue à investir à mort dans tout ce qui lui passe sous la main (villes entières, usines à gogo, infrastructures) afin d’éviter le désœuvrement (et le risque de troubles qui va avec) à ses troupes prolétaires. Sa devise dans ce trip qui dure depuis 6 ans : « Continuons à augmenter nos capacités. Ils finiront par revenir… ». Le résultat est un mix super sympa de surcapacité et de mauvais investissements. Afin de vous aider à mettre les choses en perspective, sachez que sur les 3 dernières années, la Chine a utilisé quelques 6.6 gigatonnes de ciment, soit presque une fois et demi ce que les Etats-Unis ont pu utiliser sur un siècle (4.5 gigatonnes de 1901 à 2000). Et on s’étonne de voir des villes fantômes pousser ici et là ?!! (vous adorerez  le projet du Manhattan chinois à Tianjin : http://www.bloomberg.com/video/china-s-manhattan-plan-marred-by-ghost-buildings-Yq8Bh1qNTJiWAPL1P9dO6A.html)

Il y a quelques années, Gao Xiqing, président de China Investment Corporation, expliquait la complexité des produits à l’origine de la crise des subprimes : « Au départ, les Américains vendaient une chaise…, puis l’image de cette chaise dans le miroir…, puis l’image de l’image…, et maintenant il y a tant de miroirs… que personne ne sait plus où est vraiment la chaise ! ». Les Chinois sont en train de faire pire. Ils ont commencé par fabriquer  1 milliard de chaises qu’ils ont réussi à fourguer à bas prix (même ceux qui n’ont jamais posé le derrière sur une chaise ont succombé à la tentation d’en acheter une). Depuis, la cadence de fabrication n’a fait qu’augmenter. La Chine  a fabriqué quelques 12 autres milliards de chaises (sur une planète où il n’y a que 7 Mld d’habitants et dans une galaxie où on n’a pour l’instant pas découvert d’autres planètes habitées par des êtres possédant un ou plusieurs culs à poser sur une chaise)… Pire, la Chine a maintenant la capacité de fabriquer 2 Mld de chaises supplémentaire par an… La théorie de l’évolution voudrait qu’on finisse rapidement avec plusieurs culs (ou des culs gigantesques) pour occuper toutes les chaises qui trainent… Nom d’une chaise !

La Chine est la bombe à retardement qui nous pètera à la gueule, bientôt. La déflagration nous fera les yeux bridés.

D’ici la déflagration finale, et afin de ne pas mourir idiot, je vous suggère de vous mettre à la page sur les nouveaux métiers du monde de la nuit. Une sémantique très imagée s’en dégage nécessitant les commentaires d’un spécialiste pour en cerner toute la subtilité… Dans l’affaire Ribéry-Benzema, Abousofiane Moustaid (le Spécialiste. Abou pour les intimes) est celui qui leur a présenté Zahia (mineure à l’époque) pour des relations sexuelles tarifées. Le compte rendu du journal Le Monde de l’audience (tribunal correctionnel ) est très  instructif : On apprend qu’une nouvelle génération de filles est née, qu’une « starfuckeuse » travaille continuellement sur son CV, qu’une « michetonneuse » a du tact et qu’être « poufiasse » est avant tout un style vestimentaire …

Abou se présente comme un mec sympa qui aime rendre service en présentant ses amies peu farouches à ceux qui s’ennuient seuls la nuit. Quand le juge qualifie ces amies de prostituées, Abou s’offusque : « Pas du tout! Il faut vivre dans le milieu de la nuit pour comprendre, Monsieur le Juge. Il y a une nouvelle génération de filles. » Abou se lance dans une subtile explication sémantique :
Abou :  « Il y a d’abord les, si je peux employer un mot, euh, un peu… les starfuckeuses. ‘Star’, comme star, et ‘fuck’, c’est de l’anglais, ça veut dire qu’elles aiment, euh, avec les stars… »
Le juge : « Et ça leur sert à quoi ? »
Abou : « Ben, c’est comme dans un CV, Monsieur le Juge. Brad Pitt, Tartempion… »*
Abou : « Et puis il y a les michetonneuses. »
Le juge : « Vous pouvez définir ? »
Abou : « Alors, la définition, Monsieur le Juge, c’est une fille qui, contrairement à la starfuckeuse, est plus intéressée par… la matérielle. Par exemple, se faire offrir un sac Vuitton, un voyage… Avec la crise, rares sont les filles qui refusent. Bon, une starfuckeuse peut être aussi une michetonneuse. Mais ça n’a rien à voir avec une prostituée. Rien. Une michetonneuse, ça a du tact ! »
Le juge lui lit un des sms récupérés sur son téléphone portable : « Envoie une poufiasse »
Abou, imperturbable : « Ah, poufiasse ne veut pas dire prostituée, Monsieur le Juge. Poufiasse, c’est une tenue vestimentaire sexy. »

JihadNoelEt à mon habitude, je passe des poules à l’âne, des pouffiasses à l’Etat Islamique. L’EI n’a pas arrêté de faire parler de lui, avec ses crimes horribles et bien médiatisés…  En réponse à ses crimes, l’Active Change Foundation a lancé la compagne « Not in my Name – Pas en mon nom », campagne fort louable mais certains l’ont mis à profit pour justifier un peu plus cette espèce d’assignation identitaire qui prédomine depuis les attentats de 11 septembre 2001 (et qui e fait chier grave…). Le sondage lancé par le  Figaro sur son site (« Assassinat d’Hervé Gourdel : estimez-vous suffisante la condamnation des musulmans de France ? ») suite à l’assassinat d’Hervé Gourdel, sous-entend que chaque musulman est gentiment invité à montrer patte blanche, à signifier explicitement son rejet de ces actes ignobles dont il n’est ni responsable ni solidaire… J’attends avec impatience le prochain sondage du Figaro  «Massacre des dauphins aux Iles Féroé : estimez-vous suffisante la condamnation des musulmans de France ?». Je ne m’avancerais pas trop en disant que le sondage sous-entend aussi un lien direct entre l’EI et les musulmans. Sans cette désolidarisation explicite, tout musulman reste coupable a priori, porteur d’une barbarie radicale (bientôt, on dira que c’est génétique) dont il doit se libérer et le faire savoir pour être enfin intégré au camp des civilisés.
« Mais sincèrement, je vous le demande en votre putain d’âme de bordel de conscience», doit-on se désolidariser explicitement de toutes les conneries commises sur terre par de « consternants tarés, mongoloïdes et  grabataires du cortex »? (L’aspect « poétique » de cette phrase revient entièrement à Desproges… Ceci dit, n’en parlez jamais à ma p’tite… car à chaque gros mot, j’aurai à mettre une pièce dans sa putain de boite !)

Ma décision est simple : Je ne montrerai pas patte blanche car je n’ai pas à le faire. Mon constat est limpide : on s’enfonce…  Je vous laisse deviner dans quoi…

De plus en plus de gens sont dans la mouise la plus totale et finiront par nous le faire comprendre d’une façon ou d’une autre. D’après un rapport récent d’Oxfam sur la pauvreté dans le monde, les 85 individus les plus fortunés de la planète détiennent autant de richesses que les 3.5 milliards les plus pauvres.

Les fourches sont à vos portes, les gars ! Ce n’est pas moi qui le dis mais Nick Hanauer, un milliardaire qui pourrait difficilement être taxé d’anticapitalisme. Nick considère que le creusement des inégalités au sein de la société capitaliste et la disparition programmée de la classe moyenne sont en train de nous ramener à une structure féodale porteuse des germes de sa propre destruction.
Dans son article d’août 2014 intitulé «Les fourches arrivent… Pour nous ploutocrates » (http://www.politico.com/magazine/story/2014/06/the-pitchforks-are-coming-for-us-plutocrats-108014.html#.VJ-xUyacBg), ils s’adresse explicitement à ses copains « Zillionaires » afin de les mettre en garde contre la montée des inégalités et le pourrissement de la situation ambiante : “…If we don’t do something to fix the glaring inequities in this economy, the pitchforks are going to come for us. No society can sustain this kind of rising inequality. In fact, there is no example in human history where wealth accumulated like this and the pitchforks didn’t eventually come out. You show me a highly unequal society, and I will show you a police state. Or an uprising. There are no counterexamples. None. It’s not if, it’s when. […] What everyone wants to believe is that when things reach a tipping point and go from being merely crappy for the masses to dangerous and socially destabilizing, that we’re somehow going to know about that shift ahead of time. Any student of history knows that’s not the way it happens. Revolutions, like bankruptcies, come gradually, and then suddenly. One day, somebody sets himself on fire, then thousands of people are in the streets, and before you know it, the country is burning. And then there’s no time for us to get to the airport and jump on our Gulfstream Vs and fly to New Zealand. That’s the way it always happens. If inequality keeps rising as it has been, eventually it will happen. We will not be able to predict when, and it will be terrible—for everybody. But especially for us”

Ce qui est marrant c’est que Nick Hanauer dis quasiment la même chose que les anarchistes du Comité Invisible. Tout fout le camp…

Cette tendance à la concentration de la richesse (et donc du pouvoir, car l’un va rarement sans l’autre) dépasse la sphère des individus pour couvrir celle des entreprises.  Une étude de S. Anderson & J. Cavanagh (« Top 200 : The Rise of Corporate Global Power ») montre que parmi les 100 économies les plus larges, 51 sont des entreprises et seulement 49 sont des états-pays (la comparaison est basée sur le PIB pour les pays et le chiffre d’affaire pour les entreprises). Les 200 entreprises les plus importantes affichent un chiffre d’affaire :

  • dépassant le PIB combiné de tous les pays du monde, une fois exclues les 10 économies les plus larges.
  • représentant 27% du PIB mondial en n’employant que 0.8% de la population active

Nous continuons ainsi notre marche programmée vers une gouvernance mondiale par une élite intellectuelle et financière…  Sur ce point, les paroles de David Rockefeller (Juin 1991 lors du meeting Bilderberg, Baden / Allemagne) sont toujours d’actualité…
“We are grateful to the Washington Post, The New York Times, Time Magazine and other great publications whose directors have attended our meetings and respected their promises of discretion for almost forty years… It would have been impossible for us to develop our plan for the world if we had been subjected to the lights of publicity during those years. But, the world is now more sophisticated and prepared to march towards a world government. The supranational sovereignty of an intellectual elite and world bankers is surely preferable to the national auto-determination practiced in past centuries.”
que je traduis sommairement par : « Nous sommes reconnaissants au Washington Post, New York Times, Time Magazine et aux autres grandes publications dont les directeurs ont assistés à nos réunions et ont respecté leur promesse de discrétion durant environ 40 ans… Ca nous aurait été impossible de déployer nos plans pour le Monde  si nous étions sous les projecteurs. Mais maintenant, le monde est plus sophistiqué et prêt à marcher vers une gouvernance mondiale. Une gouvernance supranationale assurée par une élite intellectuelle et financière est, sans aucun doute, préférable à l’autodétermination nationale pratiquée durant les siècles passés »

Celles de Nathaniel Mayer Rothschild (1912) sont encore plus limpides…
“The few who could understand the system will either be so interested in its profits, or so dependent on its favours, that there will be no opposition from that class, while on the other hand, the great body of people, mentally incapable of comprehending the tremendous advantage that capital derives from the system, will bear its burdens without complaint, and perhaps without even suspecting that the system is inimical to their interests.”
Traduction : “Les rares personnes qui comprendront le système seront soit si intéressées par ses profits, soit si dépendantes de ses largesses qu’il n’y aura pas d’opposition à craindre de cette classe-là ! La grande masse des gens, mentalement incapables de comprendre l’immense avantage retiré du système par le capital, porteront leur fardeau sans se plaindre et peut-être sans même remarquer que le système ne sert aucunement leurs intérêts »

Vous avez des sueurs froides ? moi aussi…

Sept ans après L’Insurrection qui vient (livre attribué à Julien Coupat au moment de l’affaire Tarnac), le Comité Invisible vient de sortir son nouvel opus « A nos amis », un nouveau pamphlet politique et poétique sur les révolutions en cours.
Entre les 2 ouvrages, les insurrections sont finalement venues, à Athènes, Londres, Kiev, Istanbul, Tunis, Tripoli, Damas et Rio de Janeiro. Des places ont été occupées durant des semaines à Madrid, au Caire et à Hong-Kong. Des révoltes ont fleuri un peu partout dans les pays arabes avec un résultat quasi-aléatoire.

« A nos amis » y décèle un fond commun, le même sursaut, que le mouvement de rue se soit terminé en changement de régime, en bain de sang ou en eau de boudin… « De nos voyages, nous sommes revenus avec la certitude que nous ne vivions pas des révoltes erratiques, séparées, s’ignorant les unes les autres, et qu’il faudrait encore lier entre elles. Cela, c’est ce que met en scène l’information en temps réel dans sa gestion calculée des perceptions. Cela, c’est l’œuvre de la contre-insurrection, qui commence dès cette échelle infime. Nous ne sommes pas contemporains de révoltes éparses, mais d’une unique vague mondiale de soulèvements qui communiquent entre eux imperceptiblement. »

La physionomie que dépeint « A nos amis » des insurrections contemporaines est on ne peut plus réaliste (pages 41-43) :

« Un homme meurt. Il a été tué par la police, directement, indirectement. C’est un anonyme, un chômeur, un « dealer » de ceci, de cela, un lycéen, à Londres, Sidi Bouzid, Athènes ou Clichy-sous-Bois. On dit que c’est un « jeune », qu’il ait 16 ou 30 ans. On dit que c’est un jeune parce qu’il n’est socialement rien, et que du temps où l’on devenait quelqu’un une fois devenu adulte, les jeunes étaient justement ceux qui ne sont rien.

Un homme meurt, un pays se soulève. L’un n’est pas la cause de l’autre, juste le détonateur. Alexandros Grigoropoulos, Mark Duggan, Mohamed Bouazizi, Massinissa Guesma – le nom du mort devient, dans ces jours, dans ces semaines, le nom propre de l’anonymat général, de la commune dépossession. Et l’insurrection est d’abord le fait de ceux qui ne sont rien, de ceux qui traînent dans les cafés, dans les rues, dans la vie, à la fac, sur Internet. Elle agrège tout élément flottant, plébéien puis petit-bourgeois, que décrète à l’excès l’ininterrompue désagrégation du social. Tout ce qui était réputé marginal, dépassé ou sans avenir, revient au centre. À Sidi-Bouzid, à Kasserine, à Thala, ce sont les « fous », les « paumés », les « bons à rien », les « freaks » qui ont d’abord répandu la nouvelle de la mort de leur compagnon d’infortune. Ils sont montés sur les chaises, sur les tables, sur les monuments, dans tous les lieux publics, dans toute la ville. Ils ont soulevé de leurs harangues ce qui était disposé à les écouter. Juste derrière eux, ce sont les lycéens qui sont entrés en action, eux que ne retient aucun espoir de carrière.

Le soulèvement dure quelques jours ou quelques mois, amène la chute du régime ou la ruine de toutes les illusions de paix sociale. Il est lui-même anonyme : pas de leader, pas de programme. Les mots d’ordre, quand il y en a, semblent s’épuiser dans la négation de l’ordre existant, et ils sont abrupts : « Dégage ! », « Le peuple veut la chute du système ! », « On s’en câlisse ! », « Tayyip, winter is coming ». À la télé, sur les ondes, les responsables martèlent leur rhétorique de toujours : ce sont des bandes de çapulcu, de casseurs, des terroristes sortis de nulle part, certainement à la solde de l’étranger. Ce qui se lève n’a personne à placer sur le trône en remplacement, à part peut-être un point d’interrogation. Ce ne sont ni les bas-fonds, ni la classe ouvrière, ni la petite-bourgeoisie, ni les multitudes qui se révoltent. Rien qui ait assez d’homogénéité pour admettre un représentant. Il n’y a pas de nouveau sujet révolutionnaire dont l’émergence aurait échappé, jusque-là, aux observateurs. Si l’on dit alors que « le peuple » est dans la rue, ce n’est pas un peuple qui aurait existé préalablement, c’est au contraire celui qui préalablement manquait. Ce n’est pas « le peuple » qui produit le soulèvement, c’est le soulèvement qui produit son peuple, en suscitant l’expérience et l’intelligence communes, le tissu humain et le langage de la vie réelle qui avaient disparu. »

MLPL’insurrection est en marche… Les « Bronies » sont parmi nous ! Contraction de « Brothers » et « Poneys », le terme « Bronies » désigne les quelques 40 000 fans (ayant de 10 à 40 ans !) de la série « My Little Pony : Friendship is Magic », série inspirée des figurines « Mon Petit Poney », lancée par Hasbro sur la chaîne américaine The Hub. Regardez  bien autour de vous et vous finirez par reconnaitre l’un d’eux au pin’s « MLP » sur son sac ou à la peluche couleur pastel qui traine sur son bureau. Des centaines de Bronies français se sont réuni en novembre à Nantes (Insula Café) pour discuter de la série de ses paraboles et de ses références cachées, échanger sur les mérites de l’amour, l’amitié et la tolérance véhiculés par les poneys couleur pastel, échanger des figurines et acheter des produits dérivés.

Le documentaire “Bronies : the Extremely Unexpected Adult Fans of My Little Poney”  (https://www.youtube.com/watch?v=lqErHIhUSm8  ) m’a laissé sur le cul… Ce n’est guère évident de correctement percevoir l’effet qu’une série, initialement destinée aux gamines de 8 ans, peut avoir sur des jeune adultes (en majorité des hommes). Ces fans sont simplement touchés par le message d’amour et de tolérance, les références geek et les clins d’œil de la série.

Afin de dissiper tout doute (je le vois dans vos yeux), je tiens à préciser que les quelques recherches statistiques disponibles sur cette communauté tendent à montrer que l’écrasante majorité des Bronies sont hétérosexuels. Mais les préjugés ont la peau dure. Le fait que des hommes adultes tombent sous le charme d’un dessin animé destiné aux petites filles, continue à choquer.  Un dessin animé guerrier (théoriquement destiné aux p’tits garçons) ne déclencherait guère la même réaction, puisqu’il ne casserait pas les codes établis (sur ce qui est pour les filles et ce qui est pour les garçons).

Un message qui démarre sur l’alimentation rectale ne peut s’achever que dans les chiottes…
Vous savez, sans doute, que les toilettes est une passion japonaise. Je n’ai jamais vu des lieux d’aisance aussi innovants, aussi confortables, aussi inspirants qu’au Japon. Là-bas, mes toilettes étaient chauffantes et disposaient d’un p’tit clavier permettant de régler les vibrations du siège (pour le massage du soir), sa musique d’ambiance et la force du jet d’eau final. Sur ce trône éphémère, j’ai explosé tous les records connus du TOT, le taux d’occupation des toilettes, indice qu’on doit à Hideo Nishioka, professeur de l’université Keio (et je ne vous donnerai évidemment pas mon record… je vous dis juste qu’il est bien loin, très loin du TOT moyen de  32 secondes pour un japonais et 1 minute 37 pour une Japonaise). La langue japonaise offre une quinzaine de mots caractérisant les diverses formes observées aux toilettes (pour vos discussions de salon, retenez au mois Murimuri, nom poétique de l’étron de qualité).
Les toilettes ont aussi leur journée (Le 10 novembre) qui donne lieu à des expositions, des projections historiques, des ateliers et des débats… La dernière exposition en date a eu lieu au musée des sciences et de l’avenir (Miraikan – Tokyo), a couvert « les déjections humaines et l’avenir de la planète » et a proposé des ateliers de modelage des selles, des animations sonores autour du réseau de tout-à-l’égoût et des présentations éducatives sur l’utilisation de l’urine et des selles comme engrais naturels.

Parlant des chiottes et leur place dans la culture japonaise, Junichiro Tanizaki, auteur de l’Eloge de l’ombre (133), disait : « Comparé à l’attitude des Occidentaux, qui, de propos délibéré, décidèrent que le lieu était malpropre et qu’il fallait se garder même d’y faire en public la moindre allusion, infiniment plus sage est la nôtre, car nous avons pénétré là, en vérité, jusqu’à la moelle du raffinement ».

Au bout d’une dizaine de pages de conneries, je constate que mon cœur est toujours aussi lourd… J’aurais aimé vous souler (encore un p’tit coup) avec la vie après la croissance et l’énergie à gogo, avec la décroissance et la difficulté de la vivre en famille, avec le fantasme du « grand remplacement démographique » et les débilités sans fond d’Eric Zemmour, avec l’ ensauvagement climatique qui nous coutera la peau des fesses, avec Steven Cohen et son sexe enrubanné tiré par un coq sur la place du Trocadero…

Mais vous êtes sauvé par le gong…

L’insurrection n’a jamais été aussi actuelle et «rien n’est plus puissant qu’une idée dont le temps est venu.» (Victor Hugo). Que ce message puisse faire souffler un peu d’enthousiasme révolutionnaire sur vous. Qu’il vous sorte, au moins ponctuellement, de ce relativisme et cette résignation qui vous obnubilent.  Qu’il vous incite à vous préparer au grand saut.

Louis Calaferte disait : « Ou le siècle à venir sera celui du refus, ou il ne sera qu’espace carcéral ». A vous de faire votre choix…

Bien la bise (avec une p’tite carte bâclée comme d’habitude),
Zouheir

PS : Pour suivre nos conneries sur Twitter : https://twitter.com/#!/Tingitingi

A ce stade, le projet Tingitingi (www.tingitingi.com ) fédère :

Chroniques de la Fin d’un Monde – Acte II

« Le cochon offre de nombreux points de comparaison avec un autre mammifère sans poils passé expert dans l’art de semer la merde et de se vautrer dedans. » (Desproges)

Cette année, j’ai décidé d’être un peu plus optimiste que d’habitude… Si, si, j’ai enfin réussi à canaliser mes tendances suicidaires.  Il faut dire que le flot de mauvaises nouvelles semble se tarir. Il n’y en plus que des bonnes.

Il y a, au moins, treize raisons de baigner dans l’optimisme :

  • Nicolas Sarkozy, notre serial-sauver national, nous a sauvés de la faillite. Et comme dirait Stéphane Guillon « Sans lui la France serait la Grèce, on mangerait de la feta, on écouterait du Demis Roussos et Nikos Aliagas serait Premier Ministre ».
  • Les ventes de caleçons flottants se porteraient très mal. Cette information tombe à pic. Je viens d’en jeter le dernier. Ses trous sont devenus trop nombreux pour qu’il puisse continuer à assurer sa mission naturelle. Sa tendance fâcheuse à se mettre en boule sous le pantalon le rendait irritant, et les bourrelets qui en découlaient disgracieux. Il est devenu tellement avachi que je ne pouvais plus me balader avec à la maison sans me faire flinguer par le regard dédaigneux de ma fille, me traitant implicitement, du haut de ses 7 ans, de « has been ». Grâce à une étude du magazine M (Le Monde), j’ai appris qu’en portant un caleçon moulant, je suis devenu « trendy » sans vraiment le vouloir. Il faut dire qu’il est spécialement mis en valeur par mon ventre musclé et mes pectoraux harmonieux (Et que ceux qui savent, se taisent à jamais…). Après le slip, le string (imaginez-moi en string) et le caleçon, et afin de rester dans le « move », je me prépare psychologiquement à me mettre au « megging », comme ce bon vieux Louis XIV. Ma photo sera bientôt surhttp://fuckyeahmeggings.tumblr.com/… Qui m’aime me suive !
  • Les riches exigent de payer plus d’impôts (pas tous… Certains se font la malle). J’ai adoré Stephen King (le maître de l’horreur) dans sa tribune poétiquement intitulée « Taxez-moi, merde ! » :  “I’ve known rich people, and why not, since I’m one of them? The majority would rather douse their dicks with lighter fluid, strike a match, and dance around singing ‘Disco Inferno’ than pay one more cent in taxes to Uncle Sugar.” Traduction approximative : « J’ai connu des gens riches, et pour cause, je suis l’un deux… La plupart préféreraient tremper leurs bites (excusez la traduction brute de coffrage) dans de l’essence, craquer une allumette et danser autour en chantant ‘Disco inferno’ plutôt que de payer un centime de plus à l’Oncle ‘Sucre’. »
  • Georges Friedmann, Hannah Arendt, et plus récemment Jeremy Rifkin (et même Michel Rocard), ont abordé le thème de la fin du travail dans le contexte d’une productivité en croissance constante et d’une croissance (quand elle n’est pas en berne) sans emploi. Youpi, on y est ! Nous sommes partis pour des années de croissance molle. Le travail de masse s’achève. Le plein-emploi est une relique du passé. J’entends le poète grec Antipatros entonne son hymne à l’oisiveté « Épargnez le bras qui fait tourner la meule, ô meunières, et dormez paisiblement! Que le coq vous avertisse en vain qu’il fait jour! ». Et que les inconditionnels défenseurs de la transcendante centralité du travail tremblent de rage!
  • D’après une étude de la revue Nature (« Approaching a state-shift in Earth’s biosphere »), mettant en avant l’accélération des changements climatiques et des pertes en termes de biodiversité, l’environnement terrestre pourrait franchir un point de non-retour avant la fin du siècle. Les écosystèmes de la planète pourraient connaître un effondrement total et irréversible d’ici 2100. Selon l’étude, 12 % à 39 % de la surface du globe connaitrait, sous la pression humaine, des conditions qui n’ont jamais été connues auparavant par les organismes vivants. La fulgurance de ce changement (à l’échelle du temps planétaire) empêcherait les écosystèmes de s’y adapter. Un des auteurs de l’étude résume la situation ainsi : « La planète ne possède pas la mémoire de son état précédent. Nous prenons un énorme risque à modifier le bilan radiatif de la Terre : faire basculer brutalement le système climatique vers un nouvel état d’équilibre auquel les écosystèmes et nos sociétés seront incapables de s’adapter. ». La bonne nouvelle est qu’en 2100, je ne serai plus là… L’autre bonne nouvelle (je vous ai dit qu’il y en a plein) est qu’avec un peu de chance, nous serons sauvés par l’empathie qui nous habite. J. Rifkin (le même qui nous parlait de la fin du travail) suggère dans son dernier livre que notre empathie naturelle pourrait rétablir l’équilibre menacé par l’entropie générée par notre espèce. « Si la nature humaine est matérialiste jusqu’à la moelle – égoïste, utilitariste, hédoniste -, on ne peut guère espérer résoudre la contradiction empathie-entropie. Mais si au plus profond, elle nous prédispose à (…) l’élan empathique, il reste au moins possible d’échapper au dilemme, de trouver un ajustement qui nous permette de rétablir un équilibre durable avec la biosphère  ». Me voilà rassuré…
  • Le ciel ne nous est pas tombé sur la tête. La crise n’est plus qu’un mauvais souvenir. La preuve : Gangnam Style, le clip déjanté du rappeur sud-coréen Psy (dans lequel il mime une danse du cheval) a franchi la barre symbolique du milliard de connexions Youtube. « Y’a des aristocrates et des parvenus, dans la connerie comme dans le reste. » (Audiard, Comment réussir quand on est con et pleurnichard – 1974). Dans tous les cas, la connerie humaine semble au top de son audience…
  • Une nouvelle étude menée, entre 1989 et 2005 en France, et portant sur plus de 26 000 hommes, montre un déclin spectaculaire (32%) de la concentration en spermatozoïdes du sperme, ainsi que de sa qualité (réduction 33%, de la proportion des spermatozoïdes de forme normale). Autrement dit, nos spermatozoïdes ne collent plus au canon de beauté du moment (imaginez les avec des boutons d’acné et des piercings sur la langue, les tétons et la queue) et se font plus rares là où on les attend normalement. C’est sûrement une crise d’adolescence doublée de tendances gothiques prononcées…  La bonne nouvelle c’est que j’ai déjà réussi, contre vents et marées, à procréer.  La seconde bonne nouvelle est qu’enfin, nous ferons l’amour sans aucune arrière-pensée primitive (de celles héritées de dizaines de milliers d’années d’évolution). Le tout, en épargnant à la Sécurité Sociale le coût superflu des moyens de contraception de tous genres (ce qui tombe plutôt pas mal compte tenu des soucis qu’on connait avec les pilules de 3ème et 4ème générations).
  • En attendant de pouvoir s’envoyer en l’air sans arrières-pensées procréatrices, sachez que les voyages en apesanteur se démocratisent : Dernièrement, l’agence spatiale française a fixé mars 2013 pour le démarrage de ses vols commerciaux de 2 h 30, comprenant cinq minutes d’apesanteur cumulées, pour 6 000 euros par personne. Pour ceux qui voudraient monter un peu plus haut et quitter l’atmosphère terrestre, Virgin Galactic fera leur bonheur : Un vol allant à 110 km au-dessus du sol, 6 minutes d’apesanteur, pour à peine 200 000 euros. Bonne nouvelle : la connerie humaine ne se refuse rien… Et « le jour où la connerie se vendra en tubes, il y en a qui seront les premiers à s’offrir une brosse à dents. » (Audiard)
  • Il n’y a pas que l’apesanteur qui se démocratise. La pauvreté aussi. Tout va bien quand on est tous dans la mouise… « Il paraît (même) que la crise rend les riches plus riches et les pauvres plus pauvres. Je ne vois pas en quoi c’est une crise. Depuis que je suis petit, c’est comme ça » (Coluche). La pauvreté concerne désormais des groupes sociaux préservés jusqu’ici par des mécanismes de solidarité familiale qui vacillent. Des millions de foyers sont rattrapés par le chômage de masse (on ne peut le dire autrement quand le quart de la population active est sans taf), le surendettement,  l’austérité implacable et les coupes drastiques dans les dépenses publiques d’éducation et de santé.  Les pays les riches couvent les ingrédients d’une crise sociale majeure, couplée à un traumatisme collectif. Et« quand les riches maigrissent, les pauvres meurent » (Proverbe chinois).
  • La polygamie sera bientôt proclamée « action d’utilité publique ». On discernera la légion d’honneur aux activistes polygames (car il faut être un révolutionnaire de la première heure pour tremper dans la polygamie). En Grèce, le taux de suicide a doublé au cours des trois dernières années, les trois-quarts des suicides étant commis par des hommes. Rien d’étonnant puisque que les hommes continuent à fonder leur identité, leur valeur, leur virilité, sur le travail. Bientôt, il y aura trop peu de mecs sur terre. C’est une bonne nouvelle en soi (il y aura moins de pipi sur les lunettes des chiottes).
  • Le transfert de technologie s’inverse et devient Sud-Nord. Par ce temps de crise, la Tunisie a réussi à exporter son savoir-faire en techniques suicidaires.  Giuseppe Campaniello, un maçon au chômage de Bologne, poursuivi pour ne pas avoir payé ses impôts, a opté pour l’immolation par le feu.
  • Sur l’île des Lotophages, le tourisme sexuel se porte à merveille. Les cougars sont en terrain conquis. La prostitution masculine est un métier d’avenir à condition de ne pas faire la fine bouche. Ce matin même, j’ai pu contempler ce business en plein essor : Une magnifique blonde d’un certain âge (mais d’un âge certain), aussi fripée qu’un Shar Pei, stand ambulant de la chirurgie esthétique ratée, au bras d’un jeunot (j’aurais pu dire un éphèbe, mais vous auriez pu le croire beau),  ayant le tiers de son âge, aux cheveux gominés et à la dentition jaune fluo. A Djerba, les films d’horreur se déroulent en pleine rue… Je me dis qu’il faut se prostituer un coup pour voir ce que le dévouement professionnel peut nous faire gober.
  • Etre un homme battu n’est plus un tabou. Les hommes violentés psychologiquement, physiquement et même parfois sexuellement par leurs femmes peuvent enfin s’adresser à SOS Hommes battus, association créée en 2009 par (paradoxalement ?) une femme : Sylvianne Spitzer, psychologue et experte en criminologie.  J’ai démarré mes recherches sur le sujet il y a quelques mois, suite à des discussions enflammées avec ma femme sur (devinez quoi !) les hommes violés. J’ai été ahuri par les chiffres disponibles aux Etats-Unis, au Canada, en Suisse et depuis peu en France. Près de 10 % des hommes seraient victimes de violences conjugales (et je n’en fais pas partie…). Outre le blog de l’association et le rapport de l’Observatoire National de la Délinquance et des Réponses Pénales, je vous invite à consulter les ouvrages de Sophie Torrent (L’Homme battu, un tabou au cœur du tabou) et de la psycho-criminologue Michèle Agrapart-Delmas (Femmes Fatales) où l’on apprend « qu’à la maison d’arrêt de Rennes, qui est exclusivement pour femmes, il y aurait 25% de femmes agresseurs sexuels impliquées dans des actes de pédophilie, d’inceste, mais aussi de viol sur d’autres femmes ou sur des hommes adultes. »

Desproges disait : « Il faut rire de tout. C’est extrêmement important. C’est la seule humaine façon de friser la lucidité sans tomber dedans ».

Mais n’oubliez pas : « le rire n’est jamais gratuit, l’homme donne à pleurer, mais il prête à rire ».

En 2012, l’apocalypse n’a pas eu lieu mais nous avons changé de monde. Nous avons fait un pas supplémentaire vers l’abîme salvateur, la culbute finale. Les banquiers centraux ont opté pour la politique de « l’open bar » en termes de stimulations, d’injections monétaires et d’accès aux liquidités, en espérant revoir le consommateur au bar, buvant  au goulot comme s’il n’y avait pas de demain. Or, se soûler n’a jamais été la solution. Et nos banquiers à la noix l’apprendront à leurs dépens. Nous vivons en ce moment la plus grosse bulle de dette (publique et privée) jamais connue par l’humanité. Son implosion fera de la crise de 2008 une sinécure (« a Sunday picnic », comme disent nos amis anglais). Les stimulations de tous genres ne font que tenir la bulle à bout de bras, à repousser l’échéance fatidique mais ne pourront en aucun cas apporter une solution durable. Ludwig von Mises le disait tellement bien : « There is no means of avoiding the final collapse of a boom brought about by credit expansion. The alternative is only whether the crisis should come sooner as a result of the voluntary abandonment of further credit expansion, or later as a final and total catastrophe of the currency system involved. »

Ca fait des années que je vous tanne avec le désencombrement, la sobriété heureuse, la décroissance volontaire. Durant ces années, je me suis enrichit de ce dont je me suis allégé. J’ai irrité (et le mot est gentil) ma femme avec mes tendances monomaniaques à scruter nos habitudes, à évaluer chaque besoin et à raisonner chaque envie. Les cinq R de « Refuse – Reduce – Reuse – Recycle – Rot » (refuser, réduire, réutiliser, recycler, composter) deviennent soulantes, à la longue. Mais stoïque a été ma femme…

En combattant le superflu, en le réduisant à sa plus simple expression (car, même quand il n’y en a plus, il y en a encore un peu), les traits de la vie deviennent plus discernables. La vie elle-même devient plus éclatante, une fois débarrassée de ce brouillard consumériste qui l’enveloppe. Nombreux sont ceux qui se cachent encore derrière les nouvelles tendances de recyclage et d’écoconception, acquérant  ainsi un « permis à consommer », voire à surconsommer. Le recyclage ne sera jamais la panacée. La sobriété volontaire si.

Contrairement au fameux « Il faut que tout change pour que rien ne change » de l’écrivain Giuseppe Tomasi (prince de Lampedusa), on navigue à vue en chantonnant  « Il faut que rien ne change pour que rien ne change ». C’est beaucoup plus simple, plus rassurant mais infiniment plus déprimant.

Le National Intelligence Council (NIC), la branche analytique et prospective des services de renseignement américains vient de pondre son rapport « Global Trends 2030 », projetant le monde de 2030 en termes de limitation des ressources, de pression démographique (avec son lot de défis environnementaux, climatiques et alimentaires et de tensions sur les ressources en eau et en matières premières) et de facteurs potentiels d’instabilité. Le rapport dessine une planète physiquement limitée, vieillissante et soumise à une urbanisation tous azimuts.  Il met en évidence des similitudes entre le monde d’aujourd’hui et celui des grandes transitions de l’Histoire : la fin de l’empire napoléonien en 1815, les lendemains des grandes guerres (1919 et 1945) et la chute du mur de Berlin en 1989 (J’aurais bien volontiers rajouté la chute de l’empire romain d’Occident en 476). A chaque fois, le monde a été à la croisée des chemins. A chaque fois, l’option retenue a façonné le monde sur des décennies.  De ce rapport, j’ai retenu deux points pour vous :

  1. l’urbanisation croissante « a conduit à des réductions drastiques des forêts, des changements négatifs dans le contenu nutritif et la composition microbienne des sols, des altérations dans la diversité des plantes et animaux supérieurs (incluant des extinctions locales) ainsi que des changements dans la disponibilité et la qualité de l’eau douce. »
  2. Les rendements agricoles s’améliorent certes mais à un rythme qui ne compense guère l’augmentation des besoins alimentaires de la population mondiale. « Au cours de sept des huit dernières années, le monde a consommé plus de nourriture qu’il n’en a produit. Une grande étude internationale estime qu’en 2030, les besoins annuels en eau atteindront 6 900 milliards de mètres cubes, soit 40 % de plus que les ressources durables actuelles. »

Bon… je pense que vous avez reçu le message 5/5. Tout va bien dans le meilleur des mondes.

Entre temps, nos p’tits lutins (voir mon billet de l’année dernière :http://tingitingi.canalblog.com/archives/2012/01/03/23145266.html ) ont survécu tant bien que mal à la crise. Les lutins banquiers ont fait passer leurs soucis de solvabilité pour de simples problèmes de liquidité. Ils ont eu alors accès à l’open bar du lutin super-banquier, qui s’est contenté de faire tourner la planche à billets à donf, le tout avec la bénédiction des lutins tchatcheurs-politicards. Et vu qu’ils maitrisent l’art du larmoiement, ils se sont aussi faits renflouer par les mêmes lutins tchatcheurs-politicards. Des milliers de milliards (oui oui des billions… mais « milliers de milliards », ça en jette plus !) de kilos de champignons y sont passés. Les lutins banquiers ont repris sereinement leur business lucratif d’avant, en évitant scrupuleusement tout ce qui fait partie de l’économie « réelle » (peu sexy et très risquée). Quant aux lutins tchatcheurs-politicards, ils se sont finalement retrouvés dans la mouise (qui ne fait que se déplacer):

  • Avec un endettement hallucinant dépassant de loin la production nationale de champignons. Cette dernière étant en chute libre compte tenu de la défection des lutins consommateurs à gogo, dont une bonne partie a été mise au chômage technique et l’autre partie ne rêve que de se faire oublier.
  • Avec un déficit de fonctionnement qui montre à l’évidence qu’ils pètent plus haut que leurs culs.
  • Avec une méfiance de plus en plus palpable de la part des lutins trimeurs (surtout ceux aux yeux bridés, qui épargnent et qui prêtent) qui doutent de leur capacité à rembourser. Les 2 partis se tiennent par la barbichette, mais l’un des deux finira par craquer.

Conscients du fait qu’ils ont tiré leurs dernières cartouches, nos lutins tchatcheurs-politicards  sont actuellement en train de se faire tout petits, tout discrets (en attendant que la tempête passe et qu’on les oublie), de réduire la voilure sur tout ce qui est accessoire et superflu (éducation, santé, retraites, aides sociales…) et d’augmenter les ponctions sur les lutins-trimeurs qui font partie de leur circonscription. Un double effet kiss-cool qui fait descendre les lutins-trimeurs dans la rue… Les lutins-indignés sont nés. Dans peu de temps, les lutins casseurs-révolutionnaires et les lutins flics-mateurs entreront dans la danse.

L’ensemble du système sera alors au pied du mur. Ce système a été dessiné pour un monde en perpétuelle croissance.  Ce n’est donc pas étonnant qu’il soit devenu en perpétuelle surcapacité. Seule la reprise de la consommation à gogo et à crédit (ou une surprenante rupture technologique) lui donnera une porte de sortie honorable. En l’absence d’une telle reprise, il ne pourra que végéter ou imploser. Une histoire à suivre de près, car on est tous des lutins dans le pétrin. Et si le Titanic coule, même les passagers de première classe y resteront (image poétique que je dois au ministre des affaires étrangères espagnol).

On a juste vécu une p’tite crise du Système. On a ensuite subi une p’tite réplique insignifiante. Et on vivra sous peu l’ivresse de la troisième phase, telle que décrite par Baudelaire dans « Du vin et du hachisch » : « La troisième phase, séparée de la seconde par un redoublement de crise, une ivresse vertigineuse suivie d’un nouveau malaise, est quelque chose d’indescriptible. C’est ce que les Orientaux appellent le kief; c’est le bonheur absolu. » Le kief est pour bientôt…

A la même époque de l’année dernière, je vous suggérais de mettre vos ceintures de sécurité car ça allait secouer.  Les secousses ont failli laisser deux-trois pays sur le bitume. Cette année, le masque et les palmes s’imposent. Gonflez bien vos poumons, car c’est parti pour cinq années d’apnée, d’ivresse…

Et puis, n’oubliez pas : La révolution est en marche. Notre p’tite carte est là pour vous en apporter la preuve…

Sachant que « sur cent personnes à qui l’on souhaite bonne année, bonne santé le premier janvier, deux meurent d’atroces souffrances avant le pont de la Pentecôte » (Desproges),j’ai décidé de ravaler mes vœux.

Bises à toutes et à tous.

Zouheir

 

PS I : Pour suivre nos conneries sur Twitter : https://twitter.com/#!/Tingitingi

Quant aux insultes éventuelles, continuez à les envoyer sur notre adresse réservée :nicolas@sarkozy.fr

PS II : En cadeau de Noël, je vous ai déniché une p’tite adaptation (de Jérôme Leroy, visible sur le site bakchich.info) des ‘Tontons flingueurs’ à la crise des subprimes et au plan Paulson.

La grande classe internationale… Ames sensibles s’abstenir.

 

F-    Alors qu’est-ce qui vous amène encore, les Volfoni ?

V-   Fernand, t’as plus d’esgourdes ou quoi, t’entends plus rien, t’es aussi sourdingue que le Mexicain sur son déclin. C’est la crise financière, Fernand, la catastrophe pour l’actionnaire, l’Armageddon de la thune, l’apocalypse du crédit. Y vont nous l’enfiler jusqu’au trognon, Fernand, les amerloques. Ca va être le plan Marshall à l’envers, mon petit camarade, l’Europe ruinée, le populo sur les routes, le retour à la barbarie. On est à la limite du nervous brèquedonne géopolitique, Fernand. Ca va se finir avec des émeutes devant les épicemards, à se peigner comme des sauvages autour d’un paquet de spaghettis. J’te dis qu’ça, mon Fernand, on va être éparpillé façon puzzle, nous et nos PME d’honnêtes artisans, élevés dans le souci du travail bien fait et de la prestation de qualité chez l’arpenteuse de trottoir.

F-    Arrêtez les Volfoni, vous z’allez finir par me foutre le traczir. On n’a rien à craindre, nous, on est l’économie réelle. Personne va nous les prendre, nos kilomètres de bitume avec nos gagneuses. Même que j’aurais tendance à penser que vu le climat est pas franchement à la sérénité, le goldène boïlle, y va venir plus souvent qu’à son tour se faire shampouiner le chauve, histoire d’oublier ses tracas monétaires.

V-   Et avec quoi, il va la payer la gonzesse. Des tickets de PMU ? Il a plus rien, le goldènen boïlle, qu’est-ce que tu crois, Fernand ? Ses portefeuilles ont été atomisés, ses actions sont hachées menues et ses sicav glissent sur la pente fatale, il est raide comme un passe-lacet, il a autant de pouvoir d’achat qu’un clandestin anorexique, ton traideure. Même une gâterie moldave genre « pimpon vl’a pompier qui passe », il aura pu les moyens, ton cave.

F-    Et ce Paulson, là, son plan pour arrêter le carnage, ça a l’air sérieux. Un secrétaire au Trésor, c’est quand même pas le premier branque venu. C’est pas des comiques, les protestants en général, non ? Le luthérien, c’est pas son genre à échafauder du baroque, à sombrer dans le somptuaire, à jeter le pognon par les lucarnes. Ca a le souci du grisbi, ces hommes-là, quand même, les gouverneurs de banque centrale et tout le toutim, ils ont les arpions sur le plancher des vaches, quoi, enfin…

V-   Parce que les subprimes, ça te semble une idée rationnelle, Fernand ? Tu stratosphérises de la chéchia ou quoi ? Un coup de chaleur de parpaillots illuminés, voilà c’qui s’est passé et voilà pourquoi on est dans une telle mouscaille. Tu fais confiance à un pays qui pourrait avoir comme vice-présidente une grande bringue à lunettes avec un fusil, une Jeanne d’Arc des Icebergs qui te fait des chiées de mômes en se faisant ramoner le frifri sur des dépouilles encore fumantes d’un ours blanc dégommé à l’obusier de campagne. Je vais te dire ce que c’est, moi, le plan Paulson, c’est un piège à caves, un truc de bandits de grand chemin, de Robin des bois qu’aurait pris trop de schnouffe et qui piquerait le pognon des pauvres pour le donner aux riches qui risqueraient de devenir pauvres. Même le Bernard Tapie, qu’est pourtant pas un enfant de Marie, il aurait pas osé dans ces proportions-là. Et son coup du Lyonnais, là, ses dommages et intérêts, permets nous de t’affranchir : c’est du grand art, on irait même jusqu’à apprécier l’esthétique de la chose, le sublime dans l’empapaoutage du citoyen. Mais t’auras beau dire, le Nanard, ça reste un amateur, un joueur de deuxième division si tu compares avec le Paulson et son plan pour glandus. Paulson, c’est du grand art, de la haute couture pour rhabiller les banquiers qui se sont retrouvés à loilpé à force de jouer avec le crédit des pue-la-sueur qu’avait même pas le moyens de se payer un petit home où qui zauraient bu du ouisquie en regardant les télé-évangélistes.

F-    Qu’est-ce qu’on va faire, alors, les mecs, parce que moi le discours de Toulon du cavillon à Rollex, il m’a comme qui dirait moyennement rassuré. Un jour, il taille des plumes au Capital et l’autre, il se prend pour Lénine en pleine NEP. Et pis en face, l’illuminée du Poitou, j’la sens pas franchement. J’ai jamais eu la mentalité scoute, pour tout vous dire.

V-     C’qu’on va faire, Fernand, c’est comme d’habitude. On va planquer de la joncaille en loucedé et puis on va boire un canon. Entre hommes..

Oiseau de mauvaise augure…

« The crisis takes a much longer time coming than you think, and then it happens much faster than you would have thought, and that’s sort of exactly the Mexican story. It took forever and then it took a night. » – Rudiger Dornbusch

L’oiseau de mauvaise augure est de retour…
N’avez-vous pas l’impression que les choses se précipitent ? Que ça pète de toute part (socialement, économiquement et géopolitiquement) ?

Il n’y a aucun moyen d’éviter l’écroulement final d’un système dont la richesse a été fondée sur le crédit à gogo et la frénésie de consommation qui va avec (*). Le maelström se déchainera tôt, si l’on opte pour un bannissement volontaire de cette boulimie de crédit, ou tard, si l’on s’obstine encore à garder l’ensemble du système sous perfusion. Les monnaies s’écrouleront dans la foulée, la prospérité (réelle ou simulée) s’évaporera, un vent de panique soufflera, et les démunis de tout bord (et ils seront nombreux) sortiront dans la rue. Le sang jaillira  et la connerie humaine (avec son lot de nationalisme, de protectionnisme, d’extrémismes divers) triomphera (encore).

Contrairement aux idées reçues, et malgré l’acharnement thérapeutique des banquiers centraux (les nouveaux Dieux de l’Olympe),  notre système est encore plus vulnérable qu’en 2008. Nous naviguons à vue au sein de la bulle de crédit la plus gigantesque jamais créée… bulle maintenue à bout de bras de tous ces fous de l’assouplissement quantitatif, mais dont l’éclatement reste inéluctable. Le jour où ça arriverait (et j’ai comme un pressentiment que ça ne saurait tarder), la dépression de 2008 nous paraitrait aussi agréable qu’un pique-nique entre amis. On regrettera même l’austérité du bon vieux temps ayant précédé la Chute Finale.

La descente aux enfers ne fait que commencer…
Le grand « delevraging » est en marche et rien ne peut plus l’arrêter….

La spirale déflationniste guette… La destruction de valeur sera horrible à voir. La classe moyenne sera lessivée. Notre système monétaire y laissera ses fesses…

Les banquiers centraux (qui se sont crus supérieurs à leurs prédécesseurs, plus intelligents, plus innovateurs, plus rapides à la détente…) se trouveront bien minables et bien ridicules au fin fond de leur trappe à liquidité. Le cas des Etats sera encore plus spectaculaire avec les devises qui s’écroulent, les portes du crédit qui se ferment, et les coûts de financement qui grimpent au ciel… Leurs cadavres viendront alors joncher les sentiers de l’Histoire, comme bien d’autres avant eux.

Depuis la dernière crise, nous n’avons fait que nous enfoncer un peu plus dans la vase, à coups de baguette magique (planche à billets, expansion monétaire, incitation au crédit), de confiance aveugle dans la capacité des banquiers centraux à nous sortir de la moise, de visions court-termistes, et de manque globalisé de discernement. On a toujours du mal à croire que l’hyper-cycle de crédit, qui a porté les 30-50 glorieuses, touche à sa fin…
“A 30-50 year virtuous cycle of credit expansion which has produced outsize paranormal returns for financial assets—-bonds, stocks, real estate and commodities alike—-is now deleveraging because of excessive risk and the price of money at the zero-bound. We are witnessing the death of abundance and the borning of austerity, for what may be a long, long time.” (Bill Gross, Février 2012)

C’est la fin d’une époque. Nous serons bientôt rattrapés pas l’amère réalité…

(*) Depuis les années 70, les ménages n’ont bénéficié que très peu de tous les gains liés à la productivité. Maintenir leur standard de vie n’a pu se faire qu’à crédit. Il est évident que sans cet accès facilité (voire laxiste) au crédit, la demande de consommation n’aurait jamais pu soutenir la croissance de toutes ces économies développées durant toutes ces années. Le problème structurel serait alors apparu à la lumière du jour bien plus tôt…

Assassinat politique sur la place Syntagma…

« Puisque mon âge avancé ne me permet pas de réagir de façon dynamique (mais si un Grec attrapait une Kalachnikov, je serais juste derrière lui), je ne vois pas d’autres solutions que cette fin digne de ma vie. Ainsi, je n’aurai pas à fouiller les poubelles pour assurer ma subsistance » : ceux-ci fussent les derniers mots de Dimitris Christoulas, 77 ans,  pharmacien à la retraite, avant de mettre fin à sa vie en se tirant une balle dans la tête, à quelques pas du parlement grec.

Il y a quelques années, en me baladant dans les ruelles de la banlieue nord (et occasionnellement huppée) de Tunis, je suis tombé nez à nez avec un clochard, noir comme la misère, dont les haillons ont arrêté depuis longtemps de couvrir le corps, à moitié enfoui dans une poubelle du quartier, dévorant ce qui ressemblait à une carcasse de poulet.

Nos regards se sont croisés un instant. Le mien n’a pu soutenir le sien.

Et j’ai passé mon chemin… la mort dans l’âme, ébranlé par cette dignité qui fout le camp.

Ce jour là, mon diagnostic était fait. La révolte et le lynchage public me semblait déjà la seule issue possible pour un peuple qui vivait dans le noir absolu… sans lueur d’espoir, sans perspectives. La suite de l’histoire, vous la connaissez…

Aujourd’hui, avec le départ de Dimitris, je fais exactement le même diagnostic, mais à une échelle un peu plus globalisée. Le Système est en train de signer son arrêt de mort. Bientôt, il suppliera pour qu’on l’achève tellement ses douleurs seront insoutenables.

La basse-cour du roi Nicolas

J’adore ce regard acéré qu’Anne Roumanoff porte sur l’arène politique française de mes d…

Un renard prénommé Nicolas sur une basse-cour régnait.
Mais il était contesté.
Il ne fait pas rentrer assez de blé.
Nous n’avons plus de grains à picorer, se lamentaient les animaux affamés.
Je fais de mon mieux, répondait Nicolas. Sans moi, ça serait pire, croyez-moi.
Il y a une énorme crise mondiale.
Ne l’oubliez pas, c’est infernal.

Beaucoup d’animaux voraces
Rêvaient pourtant de prendre sa place.

A gauche, la vache Martine et la pintade Ségolène
Crurent, un temps, pouvoir devenir reines.

Mais ce fut le pigeon François qui leur fit la nique.
Aidé, malgré lui, par le cochon Dominique,

Qui manqua d’aller à l’abattoir,
Pour avoir culbuté une grande poule noire.

Mais la pire ennemie du roi Nicolas et du pigeon François
Était la fille d’un loup borgne qui avait échoué à devenir roi.

Cette louve à la voix rauque et à la chevelure blonde
Se faisait passer pour une brebis aux yeux du monde.

Elle répétait comme une litanie : «Il faut plus de poulets
Pour renvoyer chez eux les animaux étrangers,
Sans eux, nous serions tellement plus heureux.»

Certains moutons l’écoutaient béats :
«Bêê, elle dit tout haut ce que nous pensons tout bas.»
Le pigeon François, le roi Nicolas, l’ours Mélenchon et la taupe Eva

Faisaient de leur mieux pour éradiquer la terrible maladie
Répandue par la louve déguisée en brebis
Qui avait pour nom haine et démagogie.

Hélas ! à six mois des élections, Personne ne sait encore pour de bon
Qui de la farce sera le dindon

Ils nous bercent de bobards…

Des bobards, encore des bobards et rien que des bobards… Voilà ce qu’on nous sert à longueur de journée et ce qu’on gobe avec un plaisir qui ne se dément pas.

On nous assure de la viabilité de notre système socio-économique quand les crises se succèdent et s’intensifient (crise des subprimes, crise de la dette d’état, crise de l’Euro), que les populations les plus riches crient leur incapacité à joindre les deux bouts (des indignés qui pullulent un peu partout, un chômage endémique, des déséquilibres hallucinants entre actionnaires et salariés, entre riches et pauvres, entre ceux qui triment et ceux qui dépensent sans compter), que les populations les plus vulnérables crèvent la bouche ouverte (victimes des fureurs de la nature et de la tyrannie) dans une insouciance joyeuse, et que, dans ce brouhaha généralisé, on se laisse guider par des politicards qui branlent le mammouth (et qui s’extasient sur leur capacité à maquiller un Etat en défaut, en un abandon volontaire de créances) entre deux ballets de berlines et deux séances de poignées de main…

Gaïa gronde (lisez juste le rapport annuel 2010 de Munich Re pour vous en convaincre) mais on persiste à nous bassiner avec notre capacité à inverser le cours des choses sur le plan écologique… J’ai adoré l’interview de Mohamed Nasheed, président de la République des Maldives, par Le Monde. J’ai adoré sa lucidité d’homme pris dans le caca, qui sait qu’il en a plein la bouche, et qui, désormais, a arrêté de se boucher le nez et de se bercer avec l’éternel « pourvu que celui qui pète depuis des heures passe son chemin ».

Son analyse de la situation s’en trouve épurée, simple et limpide : « Pour comprendre la réalité du réchauffement, il faut avoir de l’eau dans son salon. A Manhattan, on réalisera tout cela un peu plus tard parce qu’ils sont derrière des digues. Mais un jour, à New York, ils verront de l’eau dans leur salon et ils se diront : « Tiens, le changement climatique est une réalité ! » Chez nous, aux Maldives, l’eau est déjà dans la maison… Je pense que nous avons une petite fenêtre d’opportunités pour infléchir le cours des choses. Mais nous ne pouvons pas conclure un accord avec la nature. Nous ne pouvons pas discuter avec les lois de la physique, ne soyons pas fous ! Ce n’est pas l’Organisation mondiale du commerce, ce n’est pas un traité de désarmement ! On ne peut pas négocier avec la nature. »

Mon message n’est pas optimiste… Je le sais. Mais son pessimisme est à des années-lumière de la menace globale qui nous guette et qui finira par nous rattraper.
Je persiste et signe : nous somme à la veille d’une rupture majeure, d’un changement de paradigme qui dépasse tout entendement… Et toute l’imagination du monde ne nous permettra pas d’en cerner les contours.

Planquez-vous !

Narcissisme intellectuel…

Rares sont les articles qui ont pu me donner l’envie irrésistible de les colporter… Ces derniers temps, trois ont, cependant, réussi cet exploit. Mais si je le fais, c’est par pur narcissisme intellectuel. C’est, en quelque sorte, ma façon de m’auto-mousser, en me disant « voilà des personnes illustres qui écrivent merveilleusement bien ce que je pense ». Avoir Augagneur, Todorov et LaTour comme « nègres », c’est quand même le pied !

Le premier, « Le genre humain menacé » (Le Monde du 3/4/2011), est dû à Michel Rocard, Dominique Bourg et Floran Augagneur, et traite de la nécessité de transformer rapidement nos sociétés afin de composer avec les défis écologiques et leurs conséquences sociales et politiques. Leur verdict est grave : « Lorsque l’effondrement de l’espèce apparaîtra comme une possibilité envisageable, l’urgence n’aura que faire de nos processus, lents et complexes, de délibération. Pris de panique, l’Occident transgressera ses valeurs de liberté et de justice »

Le second, « La tyrannie de l’individu » (Le Monde du 27/3/2011), est de Tzvetan Todorov, historien des idées et essayiste. Il y analyse le passage du tout-Etat totalitaire au tout-individu ultralibéral, ou comme il dit « d’un régime liberticide à un autre, d’esprit « sociocide » », pour arriver au constat accablant suivant : « La tyrannie des individus est certainement moins sanglante que celle des Etats ; elle est pourtant, elle aussi, un obstacle à une vie commune satisfaisante »

Enfin, le troisième, « En attendant Gaïa, ou comment l’homme a changé la Terre » (Libé du 29/6/2011), nous le devons à Bruno LaTour, philosophe et anthropologue. Il y aborde la portée de notre action sur l’ensemble de la biosphère, et l’urgence de changer de trajectoire. Je ne peux m’empêcher d’en archiver quelques extraits choisis :
« Comme un anneau de Moebius, cette Terre qui semblait nous contenir, nous la contenons à notre tour par l’étendue même de nos actions. « Gaïa » est le nom que certains savants donnent à ce ruban ou plutôt à ce nœud coulant qui nous étranglera avant que nous ne l’étranglions. […] D’autres nous demandent de décroître, en tous cas de nous faire plus petits, plus discrets, ce qui reviendra à plier notre taille de géant pour devenir une sorte d’Atlas modeste et frugal. Ce qui revient à nous demander d’abandonner nos ambitions, nos espoirs de conquête, notre goût pour l’artifice et l’innovation, sans oublier cette volonté qui fut si belle de nous émanciper enfin de toutes nos chaînes. […] Et dans cet apprentissage impossible il faut entrer vite, car on assure que Gaïa ne nous laissera pas beaucoup de temps. Certains affirment même qu’elle nous ferait la guerre. Les guerres nous connaissons, mais comment croire qu’on peut gagner celle-là ? Si nous gagnons contre elle, nous perdons et si nous perdons, nous perdons encore ! Drôle de guerre vraiment. »

 

Le genre humain, menacé
Le Monde du 3/4/2011 p.18 Décryptages-Débats

Il sera bientôt trop tard pour remédier aux catastrophes écologiques et à leurs conséquences sociales et politiques.

Une information fondamentale publiée par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) est passée totalement inaperçue : le pic pétrolier s’est produit en 2006. Alors que la demande mondiale continuera à croître avec la montée en puissance des pays émergents (Chine, Inde et Brésil), la production de pétrole conventionnel va connaître un déclin inexorable après avoir plafonné. La crise économique masque pour l’heure cette réalité.
Mais elle obérera tout retour de la croissance. La remontée des coûts d’exploration-production fera naître des tensions extrêmement vives. L’exploitation du charbon et des réserves fossiles non conventionnelles exigera des investissements lourds et progressifs qui ne permettront guère de desserrer l’étau des prix à un horizon de temps proche. Les prix de l’énergie ne peuvent ainsi que s’affoler.

Le silence et l’ignorance d’une grande partie de la classe politique sur ce sujet ne sont guère plus rassurants. Et cela sans tenir compte du fait que nous aurons relâché et continuerons à dissiper dans l’atmosphère le dioxyde de carbone stocké pendant des millénaires… Chocs pétroliers à répétition jusqu’à l’effondrement et péril climatique. Voilà donc ce que nous préparent les tenants des stratégies de l’aveuglement. La catastrophe de Fukushima alourdira encore la donne énergétique.

De telles remarques génèrent souvent de grands malentendus. Les objections diagnostiquent et dénoncent aussitôt les prophètes de malheur comme le symptôme d’une société sur le déclin, qui ne croit plus au progrès. Ces stratégies de l’aveuglement sont absurdes. Affirmer que notre époque est caractérisée par une  » épistémophobie  » ou la recherche du risque zéro est une grave erreur d’analyse, elle éclipse derrière des réactions aux processus d’adaptation la cause du bouleversement.

Ce qui change radicalement la donne, c’est que notre vulnérabilité est désormais issue de l’incroyable étendue de notre puissance. L' » indisponible  » à l’action des hommes, le tiers intouchable, est désormais modifiable, soit par l’action collective (nos consommations cumulées) soit par un individu isolé ( » biohackers « ). Nos démocraties se retrouvent démunies face à deux aspects de ce que nous avons rendu disponible : l’atteinte aux mécanismes régulateurs de la biosphère et aux substrats biologiques de la condition humaine.
Cette situation fait apparaître  » le spectre menaçant de la tyrannie  » évoqué par le philosophe allemand Hans Jonas. Parce que nos démocraties n’auront pas été capables de se prémunir de leurs propres excès, elles risquent de basculer dans l’état d’exception et de céder aux dérives totalitaristes.

Prenons l’exemple de la controverse climatique. Comme le démontre la comparaison entre les études de l’historienne des sciences Naomi Oreskes avec celles du politologue Jules Boykoff, les évolutions du système médiatique jouent dans cette affaire un rôle majeur. Alors que la première ne répertoria aucune contestation directe de l’origine anthropique du réchauffement climatique dans les revues scientifiques peer reviewed ( » à comité de lecture « ), le second a constaté sur la période étudiée que 53 % des articles grand public de la presse américaine mettaient en doute les conclusions scientifiques.

Ce décalage s’explique par le remplacement du souci d’une information rigoureuse par une volonté de flatter le goût du spectacle. Les sujets scientifiques complexes sont traités de façon simpliste (pour ou contre). Ceci explique en partie les résultats de l’étude de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) pilotée par Daniel Boy sur les représentations sociales de l’effet de serre démontrant un sérieux décrochage du pourcentage de Français attribuant le dérèglement climatique aux activités humaines (65 % en 2010, contre 81 % en 2009). Ces dérives qui engendrent doute et scepticisme au sein de la population permettent aux dirigeants actuels, dont le manque de connaissance scientifique est alarmant, de justifier leur inaction.

Le sommet de Cancun a sauvé le processus de négociation en réussissant en outre à y intégrer les grands pays émergents. Mais des accords contraignants à la hauteur de l’objectif des seconds sont encore loin. S’il en est ainsi, c’est parce que les dirigeants de la planète (à l’exception notable de quelques-uns) ont décidé de nier les conclusions scientifiques pour se décharger de l’ampleur des responsabilités en jeu. Comment pourraient-ils à la fois croire en la catastrophe et ne rien faire, ou si peu, pour l’éviter ?
Enfermée dans le court terme des échéances électorales et dans le temps médiatique, la politique s’est peu à peu transformée en gestion des affaires courantes. Elle est devenue incapable de penser le temps long. Or la crise écologique renverse une perception du progrès où le temps joue en notre faveur. Parce que nous créons les moyens de l’appauvrissement de la vie sur terre et que nous nions la possibilité de la catastrophe, nous rendons celle-ci crédible.

Il est impossible de connaître le point de basculement définitif vers l’improbable ; en revanche, il est certain que le risque de le dépasser est inversement proportionnel à la rapidité de notre réaction. Nous ne pouvons attendre et tergiverser sur la controverse climatique jusqu’au point de basculement, le moment où la multiplication des désastres naturels dissipera ce qu’il reste de doute. Il sera alors trop tard. Lorsque les océans se seront réchauffés, nous n’aurons aucun moyen de les refroidir.

La démocratie sera la première victime de l’altération des conditions universelles d’existence que nous sommes en train de programmer. Les catastrophes écologiques qui se préparent à l’échelle mondiale dans un contexte de croissance démographique, les inégalités dues à la rareté locale de l’eau, la fin de l’énergie bon marché, la raréfaction de nombre de minéraux, la dégradation de la biodiversité, l’érosion et la dégradation des sols, les événements climatiques extrêmes… produiront les pires inégalités entre ceux qui auront les moyens de s’en protéger, pour un temps, et ceux qui les subiront. Elles ébranleront les équilibres géopolitiques et seront sources de conflits.

L’ampleur des catastrophes sociales qu’elles risquent d’engendrer a, par le passé, conduit à la disparition de sociétés entières. C’est, hélas, une réalité historique objective. A cela s’ajoutera le fait que des nouvelles technologies de plus en plus facilement accessibles fourniront des armes de destruction massive à la portée de toutes les bourses et des esprits les plus tourmentés.

Lorsque l’effondrement de l’espèce apparaîtra comme une possibilité envisageable, l’urgence n’aura que faire de nos processus, lents et complexes, de délibération. Pris de panique, l’Occident transgressera ses valeurs de liberté et de justice. Pour s’être heurtées aux limites physiques, les sociétés seront livrées à la violence des hommes. Nul ne peut contester a priori le risque que les démocraties cèdent sous de telles menaces.
Le stade ultime sera l’autodestruction de l’existence humaine, soit physiquement, soit par l’altération biologique. Le processus de convergence des nouvelles technologies donnera à l’individu un pouvoir monstrueux capable de faire naître des sous-espèces. C’est l’unité du genre humain qui sera atteinte. Il ne s’agit guère de l’avenir, il s’agit du présent. Le cyborg n’est déjà plus une figure de style cinématographique, mais une réalité de laboratoire, puisqu’il est devenu possible, grâce à des fonds publics, d’associer des cellules neuronales humaines à des dispositifs artificiels.

L’idéologie du progrès a mal tourné. Les inégalités planétaires actuelles auraient fait rougir de honte les concepteurs du projet moderne, Bacon, Descartes ou Hegel. A l’époque des Lumières, il n’existait aucune région du monde, en dehors des peuples vernaculaires, où la richesse moyenne par habitant aurait été le double d’une autre. Aujourd’hui, le ratio atteint 1 à 428 (entre le Zimbabwe et le Qatar).
Les échecs répétés des conférences de l’ONU montrent bien que nous sommes loin d’unir les nations contre la menace et de dépasser les intérêts immédiats et égoïstes des Etats comme des individus. Les enjeux, tant pour la gouvernance internationale et nationale que pour l’avenir macroéconomique, sont de nous libérer du culte de la compétitivité, de la croissance qui nous ronge et de la civilisation de la pauvreté dans le gaspillage.

Le nouveau paradigme doit émerger. Les outils conceptuels sont présents, que ce soit dans les précieux travaux du Britannique Tim Jackson ou dans ceux de la Prix Nobel d’économie 2009, l’Américaine Elinor Ostrom, ainsi que dans diverses initiatives de la société civile.
Nos démocraties doivent se restructurer, démocratiser la culture scientifique et maîtriser l’immédiateté qui contredit la prise en compte du temps long. Nous pouvons encore transformer la menace en promesse désirable et crédible. Mais si nous n’agissons pas promptement, c’est à la barbarie que nous sommes certains de nous exposer.

Pour cette raison, répondre à la crise écologique est un devoir moral absolu. Les ennemis de la démocratie sont ceux qui remettent à plus tard les réponses aux enjeux et défis de l’écologie.

(Michel Rocard, Dominique Bourg, Floran Augagneur)

 

La tyrannie de l’individu
Article paru dans l’édition du 27.03.11 Le Monde

Pour qu’un pouvoir soit légitime, il ne suffit pas de savoir comment il a été conquis (par exemple par des élections libres ou par un coup d’Etat), encore faut-il voir de quelle manière il est exercé. Il y a bientôt trois cents ans, Montesquieu avait formulé une règle pour guider notre jugement : « Tout pouvoir sans bornes ne saurait être légitime », écrivait-il.

Les expériences totalitaires du XXe siècle nous ont rendus particulièrement sensibles aux méfaits d’un pouvoir illimité de l’Etat, capable de contrôler chaque acte de chaque citoyen. En Europe, ces régimes appartiennent au passé, mais, dans les pays démocratiques, nous restons sensibles aux interférences du gouvernement dans les affaires judiciaires ou la vie des médias, car cela a pour effet de supprimer toute limite posée à son pouvoir. Les attaques répétées menées par le président français ou par le premier ministre italien contre les magistrats et les journalistes sont une illustration de ce danger.

Cependant, l’Etat n’est pas le seul détenteur de pouvoirs au sein d’une société. En ce début du XXIe siècle, en Occident, l’Etat a perdu une bonne partie de son prestige, alors que le pouvoir étendu que détiennent certains individus, ou groupes d’individus, est devenu à son tour une menace. Elle passe pourtant inaperçue, car ce pouvoir se pare d’un beau nom, dont tout un chacun se réclame : celui de liberté. La liberté individuelle est une valeur qui monte, les défenseurs du bien commun paraissent aujourd’hui archaïques.

On voit facilement comment s’est produit ce renversement dans les pays ex-communistes d’Europe de l’Est. L’intérêt collectif y est aujourd’hui frappé de suspicion : pour cacher ses turpitudes, le régime précédent l’avait invoqué si souvent que plus personne ne le prend au sérieux, on n’y voit qu’un masque hypocrite. Si le seul moteur du comportement est de toute façon la recherche de profit et la soif de pouvoir, si le combat impitoyable et la survie du plus apte sont les dures lois de l’existence, autant cesser de faire semblant et assumer ouvertement la loi de la jungle. Cette résignation explique pourquoi les anciens apparatchiks communistes ont su revêtir, avec une facilité déconcertante, les habits neufs de l’ultralibéralisme.

A des milliers de kilomètres de là, aux Etats-Unis, dans un contexte historique entièrement différent, s’est développé depuis peu le mouvement du Tea Party, dont le programme loue à son tour la liberté illimitée des individus et rejette tout contrôle gouvernemental ; il exige de réduire drastiquement les impôts et toute autre forme de redistribution des richesses. Les seules dépenses communes qui trouvent grâce aux yeux de ses partisans concernent l’armée et la police, c’est-à-dire encore la sécurité des individus. Quiconque s’oppose à cette vision du monde est traité de cryptocommuniste ! Ce qui est paradoxal, c’est qu’elle se réclame de la religion chrétienne, alors que celle-ci, en accord avec les autres grandes traditions spirituelles, recommande le souci pour les faibles et les miséreux.

On passe, dans ces cas, d’un extrême à l’autre, du tout-Etat totalitaire au tout-individu ultralibéral, d’un régime liberticide à un autre, d’esprit « sociocide », si l’on peut dire. Or le principe démocratique veut que tous les pouvoirs soient limités : non seulement ceux des Etats, mais aussi ceux des individus, y compris lorsqu’ils revêtent les oripeaux de la liberté.

La liberté qu’ont les poules d’attaquer le renard est une plaisanterie, car elles n’en ont pas la capacité ; la liberté du renard est dangereuse parce qu’il est le plus fort. A travers les lois et les normes qu’il établit, le peuple souverain a bien le droit de restreindre la liberté de tous. Cette limitation n’affecte pas toute la population de la même manière : idéalement, elle restreint ceux qui ont déjà beaucoup de pouvoir et protège ceux qui en ont très peu.

Le pouvoir économique est le premier des pouvoirs qui reposent entre les mains des individus. L’entreprise a pour but de générer des profits pour ses détenteurs, sans quoi elle est condamnée à disparaître. Mais en dehors de leurs intérêts particuliers, les habitants du pays ont aussi des intérêts communs, auxquels les entreprises ne contribuent pas spontanément. C’est à l’Etat qu’il incombe de dégager les ressources nécessaires pour prendre soin de l’armée et de la police, mais aussi de l’éducation et de la santé, de l’appareil judiciaire et des infrastructures. Ou encore de la protection de la nature : la fameuse main invisible attribuée à Adam Smith ne sert pas à grand-chose dans ce cas. On l’a vu au cours de la marée noire dans le golfe du Mexique, au printemps 2010 : laissées sans contrôle, les compagnies pétrolières choisissent les matériaux de construction peu chers et donc peu fiables.

Face au pouvoir économique démesuré que détiennent les individus ou les groupes d’individus, le pouvoir politique se révèle souvent trop faible. Aux Etats-Unis, au nom de la liberté d’expression illimitée, la Cour suprême a autorisé le financement par les entreprises des candidats aux élections ; concrètement, cela signifie que ceux qui disposent de plus d’argent peuvent imposer les candidats de leur choix.
Le président du pays, assurément l’un des hommes les plus puissants de la planète, a dû renoncer à promouvoir une réforme juste de l’assurance médicale, à réglementer l’activité des banques, à diminuer les dégâts écologiques causés par le mode de vie de ses concitoyens.

Dans les pays européens, il arrive fréquemment que les gouvernements se mettent au service des puissances d’argent, donnant lieu à une nouvelle oligarchie politico-économique qui gère les affaires communes dans l’intérêt de quelques particuliers. Ou encore que les ministres en exercice se comportent en individus intéressés, en acceptant que des tiers paient leurs vacances…

La liberté d’expression est présentée parfois comme le fondement de la démocratie, qui pour cette raison ne doit connaître aucun frein. Mais peut-on dire qu’elle est indépendante du pouvoir dont on dispose ? Il ne suffit pas d’avoir le droit de s’exprimer, encore faut-il en avoir la possibilité ; en son absence, cette « liberté » n’est qu’un mot creux. Toutes les informations, toutes les opinions ne sont pas acceptées avec la même facilité dans les grands médias du pays. Or la libre expression des puissants peut avoir des conséquences funestes pour les sans-voix : nous vivons dans un monde commun. Si l’on a la liberté de dire que tous les Arabes sont des islamistes inassimilables, ils n’ont plus celle de trouver du travail ni même de marcher dans la rue sans être contrôlés.

La parole publique, un pouvoir parmi d’autres, doit parfois être limitée. Où trouver le critère permettant de distinguer les bonnes limitations des mauvaises ? Entre autres, dans le rapport de pouvoir entre celui qui parle et celui dont on parle. On n’a pas le même mérite selon qu’on s’attaque aux puissants du jour ou que l’on désigne au ressentiment populaire un bouc émissaire. Un organe de presse est infiniment plus faible que l’Etat, il n’y a donc aucune raison de limiter sa liberté d’expression lorsqu’il le critique, pourvu qu’il la mette au service de la vérité.

Quand le site Mediapart révèle une collusion entre puissances d’argent et responsables politiques, son geste n’a rien de « fasciste », quoi qu’en disent ceux qui se sentent visés. Les « fuites » de WikiLeaks notamment publié par Le Monde n’ont rien de totalitaire : les régimes communistes rendaient transparente la vie de faibles individus, pas celle de l’Etat. En revanche, un organe de presse est plus puissant qu’un individu, et le « lynchage médiatique » est un abus de pouvoir.

Les défenseurs de la liberté d’expression illimitée ignorent la distinction entre puissants et impuissants, ce qui leur permet de se couvrir eux-mêmes de lauriers. Le rédacteur du journal danois Jyllands-Posten, qui avait publié en 2005 l’ensemble des caricatures de Mahomet, revient sur l’affaire cinq ans plus tard et se compare modestement aux hérétiques du Moyen Age brûlés sur le bûcher, à Voltaire pourfendeur de l’Eglise toute-puissante ou aux dissidents réprimés par la police soviétique. Décidément, la figure de la victime exerce aujourd’hui une attraction irrésistible ! Le journaliste oublie, ce faisant, que les courageux praticiens de la liberté d’expression se battaient contre les détenteurs du pouvoir spirituel et temporel de leur temps, non contre une minorité discriminée.

Poser des bornes à la liberté d’expression signifie non plaider pour l’instauration de la censure, mais faire appel à la responsabilité des maîtres des médias. La tyrannie des individus est certainement moins sanglante que celle des Etats ; elle est pourtant, elle aussi, un obstacle à une vie commune satisfaisante. Rien ne nous oblige à nous enfermer dans le choix entre « tout-Etat » et « tout-individu » : nous avons besoin de défendre les deux, chacun limitant les abus de l’autre.

(Tzvetan Todorov)

Des drapeaux et des essuies-cul(s)…

Il fut un temps où je croyais à la notion de nation, avec ses vertus fédératrices. Naïf, j’y voyais une source d’ambition, de créativité, de partage, une façon de canaliser les bonnes volontés, d’encourager les pensées constructives, et contre toute attente de favoriser tous les universalismes. A l’époque, j’ai complètement occulté le revers de la médaille : la propension des gens à en faire une arme de connerie massive, un prétexte de recroquevillement et une source inépuisable de chauvinisme, d’égocentrisme et de croyance frelatée de l’infériorité de l’autre.

Aujourd’hui, ma conviction est faite : La nation a fait son temps. Elle est en train de vivre ses derniers soubresauts… Une oie qui s’acharne à courir bien que décapitée…

Il me semble naturel qu’un monde au bord du gouffre, jouant à chaque instant sa survie, flirtant chaque jour un peu plus avec la Chute Finale (qui le subjuguera irrémédiablement), se préoccupe beaucoup moins de ses frontières, de ses affinités locales, ainsi que de tous ses chiffons (drapeaux, emblèmes et autre linge sale des états, comme dirait Sylvain Tesson…)…

Michèle Alliot-Marie aimerait qu’il en soit autrement… C’est, du moins, ce que traduisent ses cris à la profanation, ses gesticulations justicières, face à ce photographe qui a osé transformer le drapeau tricolore en essuie-cul (cliché primé à la Fnac !). Cette liberté d’expression qui a su transgresser le sacré (vous rappelez-vous des caricatures de Mahomet ?), semble devoir se prosterner devant l’emblème de la nation. Un «deux poids, deux mesures » de plus (fait pour me faire chier, j’en suis sûr), dans un monde de plus en plus arbitraire, où les positions de principe sont prises à la tête du client !

Michèle Alliot-Marie devrait pourtant lire Gustave Flaubert : « Tous les drapeaux ont été tellement souillés de sang et de m… qu’il est temps de n’en plus avoir du tout »(Correspondance à George Sand, 1869), ou encore Henri Barbusse : « Un homme bon, un homme sain, un homme raisonnable ne doit pas saluer les drapeaux » (La Lueur dans l’abîme, 1920)

Zeitgeist : Film de propagande ou hymne à la rébellion intellectuelle ?

« Zeitgeist : The Movie » est un film documentaire (libre de droit) réalisé en 2007 par un certain Peter Joseph (un article lui a été consacré par le New-York Times), à l’origine du mouvement du même nom « The Zeitgeist Movement« .

Zeitgeist (« esprit du moment », en allemand) pointe du doigt les thèses dominantes et dénonce leur exploitation par une minorité détenant le pouvoir effectif. Il oscille quelque part entre la thèse du complot (avec, pour une fois, un argumentaire simple et percutant) et l’incitation à la rébellion intellectuelle. Les sujets abordés n’ont rien d’original : L’histoire de Jésus-Christ, les attentats du 11/9, le système bancaire, les plans secrets d’une gouvernance mondiale menés par une élitte trans-nationale, la montée des fascismes… Le regard critique apporté, la simplicité de l’argumentaire et le ton engagé, ne peuvent que séduire…

Une suite a été réalisée en 2008 : «Zeitgeist – Addendum » pour dénoncer le système monétaire (ses ravages et ses tendances esclavagistes) et proposer une nouvelle société inspirée des travaux de Jacques Fresco et de son projet « The Venus Project ». Un regard idéaliste au point de sembler, à certains moments, un peu neuneu… Et puis, les allocutions de J. Krishnamurti ne laissent guère indifférent.
Le projet Vénus vise à troquer le système monétaire (voire monétariste) actuel contre un autre basé sur le partage des ressources et les avancées technologiques bien ciblées. L’objectif ultime de cette combinaison est de tarir la source de tous nos maux : la notion bien entretenue de rareté, la névrose consumériste, la recherche effrénée du profit…
Les critiques ne manquent pas… voir, entre autres, Boing-Boing ou The Stranger

Considérer que Zeitgeist est la Vérité relèverait de l’inconscience. N’y voir qu’un travestissement surréaliste des vérités établies (œuvre d’un désaxé notoire, comme certains l’ont dit) est un signe de stupidité et/ou de malhonnêteté intellectuelle.

Sans être un partisan inconditionnel des théories du complot, je ne peux que lui reconnaître sa vision engagée visant un système alternatif capable de remettre en cause les chauvinismes, de contrer les pensées dominantes, de développer l’anticonformisme, et d’établir des contre-pouvoirs.

Je lui reproche, cependant, l’absence de la mention explicite de ses sources. Ainsi, et en l’absence de preuves irréfutables (sources datées et vérifiables), je reste dubitatif devant la citation de David Rockefeller (Council on Foreign Relations) « Nous sommes reconnaissants envers le Washington Post, le New York Times, Time Magazine, et les autres grandes parutions dont les directeurs ont assisté à nos meetings et ont honoré leur promesse  de discrétion durant près de 40 ans. Il nous aurait été impossible de développer notre plan pour le monde si nous avions été exposés aux lumières de la publicité durant ces années. Mais le monde est plus sophistiqué et préparé à marcher vers un gouvernement mondial. La souveraineté supranationale d’une élite intellectuelle et de banquiers mondiaux est certainement préférable à l’autodétermination nationale pratiquée dans les siècles précédents ». Je suis littéralement « sur le cul » (et un peu plus dubitatif) devant ce que rapporte Aaron Russo (cinéaste) sur le complot mondialiste, et plus spécifiquement sur Nicholas Rockefeller : une prémonition bluffante, datant (selon ses dires) de 11 mois avant le 11/9, détaillant l’enchainement à venir, la guerre contre un ennemi éternel mais fictif, le matraquage médiatique et l’enrôlement des foules, jusqu’à l’atteinte de l’objectif ultime : le pouvoir absolu et la main mise sur les libertés fondamentales.

Des 2 films, je retiens, au moins, cette citation du philosophe indien Jiddu Krishnamurti : « Ce n’est pas un gage de bonne santé que d’être bien intégré dans une société profondément malade »

The Revolution is Now…