Vœux 2017 : Les divagations ultimes d’un (relativement) jeune vieux con…

« Testis unus, testis nullus : on ne va pas bien loin avec une seule couille » – Desproges

Tingitingi - eCard 2017

Il est samedi 24 décembre, vingt-heure pétante. Je viens de décider de me coller à la rédaction de mes vœux 2017. Ca fait déjà dix ans que je sacrifie à ce rituel que j’ai moi-même institué. Et je trouve qu’il est temps d’y mettre fin… Les rituels n’ont jamais été mon truc.

Je vous demanderais, comme chaque année, d’être indulgents quant aux fautes qui trainent ici et là. La raison en est double :

  • Je déteste me relire. Cette année, encore plus que d’habitude. Je pense que vous me suivriez sur ce point…
  • J’ai appris le français dans ce qui me passait entre les mains : les magazines de Ciné et les bouquins de cul (quelqu’un connaitrait-il la collection « Eroscope » ? C’était un peu Harlequin version hardcore). Et de toute évidence, je n’étais pas complètement concentré sur les subtilités grammaticales, ni sur les particularités orthographiques. Ceci étant dit, c’est bien à cette littérature interdite que je dois mon sens de l’abstraction et mon amour pour les mathématiques. Les voies du Seigneur sont impénétrables…

Je suis sûr que « vous voudriez que je fasse comme tous ceux qui n’ont rien à dire et qui le gardent pour eux ? Moi, lorsque je n’ai rien à dire, je veux qu’on le sache ! Je veux en faire profiter les autres. » – Raymond Devos

Pas de chance donc !

Avec mon sandwich saucisson-beurre (oui oui, c’est un peu la fête), le groupe Archive (et son album « Controlling Crowds ») à fond dans mon casque, je me lâche probablement pour la dernière fois. Au loin, les images de BFM TV (la chaine la plus merdique au monde) tournent en boucle. On y voit défiler ce qui importe le plus à une bonne partie de la population, à cet instant précis : la buche de Noël (glacée ou pâtissière), la célébration du réveillon et le transit probable d’un certain terroriste amateur par le sol français. Sont oubliés les dizaines de milliers de déplacés d’Alep, les centaines de milliers de réfugiés qui errent ici et là, ainsi que les centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants qu’on a condamné à une mort certaine par notre silence et nos compromissions. Je l’ai toujours dit : BFM est à l’information ce que la branlette est à l’amour… Ceci étant dit, comparer BFM (comme les autres chaines dites d’information continue) à la branlette, porte préjudice à cette dernière. Contrairement à BFM TV, l’onanisme permet la diffusion de dopamine (hormone du bonheur) dans le corps, active les muscles pelviens (chacun travaille le muscle qu’il peut 😳 ), et entraîne l’amélioration de la qualité du sperme (vu ce qu’on avale comme cochonneries, un sperme de bonne qualité sera bientôt une denrée si rare qu’elle vaudra de l’or :-) ).

Au risque de me répéter, cette période de fêtes me fout toujours à plat. Un compteur qui s’incrémente encore une fois et qui prend un malin plaisir à me rappeler que ce monde ne va guère mieux. Avec cette phrase reprise mot pour mot de mes vœux 2008, je boucle la boucle de 10 années de vœux pour rien… rien de nouveau, rien de meilleur, rien de vraiment palpitant sous le soleil… Bien au contraire, j’ai l’impression que depuis mes premiers délires, nous n’avons fait que nous enfoncer un peu plus dans la mouise, dans une espèce de bêtise crasse généralisée, un monde où l’idiotie est devenue cool.

Je vous donne un exemple super cool : Le Masturbate-a-thon à San Francisco. Cet événement annuel rassemble des centaines de branleurs (au sens propre du terme) qui payent 20 dollars pour passer la journée à se toucher, pour leur bien et celui de l’humanité toute entière, puisque les fonds collectés sont reversés à des associations caritatives. L’évènement a lieu en mai, le mois international de la masturbation (sisi, vous avez bien lu) … C’est aussi l’occasion de battre le record mondial de la branlette la plus longue, record détenu depuis 2012 par Sonny Nash (acteur porno) : dix heures et dix minutes avant d’éjaculer. Ce qui est étonnant c’est que ni BFM, ni TF1, n’en ont parlé…

En revoyant mes archives, je me rends compte que j’ai commencé à vous bassiner avec la révolution qui couve, dès 2010. Depuis, des révoltes ont éclaté un peu partout. Quelques-unes ont fini par enflammer des pays entiers, entrainant des guerres, des massacres fratricides et des déplacements de population qui continuent à propager leurs ondes de choc un peu partout. D’autres se sont révélées plus constructives et ont abouti à de vrais changements (démocratiques ou pas). D’autres, enfin, ont fait pshit et se sont fini dans l’oubli (du moins temporairement). Mais, comme dirait le philosophe Gilles Deleuze, « les révolutions sont faites de tentatives avortées »…

La vision de Deleuze sur les révolutions est, d’ailleurs, particulièrement intéressante. A la lumière des quelques révolutions qu’on a vu passer ces dernières années, je ne peux qu’y adhérer. Je vous la livre en vrac :

« Toutes les révolutions foirent. Tout le monde le sait : on fait semblant de le redécouvrir, là. Faut être débile ! Alors, là-dessus, tout le monde s’engouffre. […] Que les révolutions échouent, que les révolutions tournent mal, ça n’a jamais empêché les gens… ni fait que les gens ne deviennent pas révolutionnaires ! On mélange deux choses absolument différentes : d’une part, les situations dans lesquelles la seule issue pour l’homme c’est de devenir révolutionnaire, et, d’autre part, de l’Avenir de la révolution. Les historiens, ils nous parlent de l’avenir de la révolution, l’avenir des révolutions… Mais c’est pas du tout la question ! Alors, ils peuvent toujours remonter aussi haut pour montrer que si l’avenir a été mauvais, c’est que le mauvais était déjà là depuis le début, mais le problème concret, c’est : comment et pourquoi les gens deviennent-ils révolutionnaires. […]. Si on me dit après : “Vous verrez, quand ils auront triomphé… Si leur révolution réussit, ça va mal tourner !”… D’abord, ce ne serait pas les mêmes. Ce ne seront pas du tout les mêmes genres de problèmes. Et puis, bon : ça créera une nouvelle situation, à nouveau il y aura des Devenirs révolutionnaires qui se déclencheront… L’affaire des hommes, dans les situations de tyrannie, d’oppression, c’est effectivement le Devenir révolutionnaire, parce qu’il n’y a pas d’autre chose à faire. Quand on nous dit après “Ah, ça tourne mal”, tout ça… : on ne parle pas de la même chose. C’est comme si on parlait deux langues tout à fait différentes : l’Avenir de l’histoire et le Devenir actuel des gens, ce n’est pas la même chose. »

L’année s’achève avec la vie de notre Cricri qui glisse vers sa fin. Sa révolution est en train de s’éteindre gentiment. Nous la pleurons comme une mère.

L’année s’achève. Mais son lot de catastrophes ne semble pas se tarir pour autant. Entre la crise des réfugiés (qu’on a fini, moyennant finances, par parquer chez Erdogan), les boat people qui s’échouent par centaines (morts ou vivants) sur les plages de l’Europe, la chute d’Alep et son retour dans l’escarcelle d’un pouvoir sanguinaire, la montée des populismes partout dans le monde, les menaces terroristes et ce qu’elles engendrent comme législations liberticides, la montée de la dette et la dérive vers une stagnation séculaire, le risque croissant de cyber-attaques d’envergure, l’incapacité des masses à analyser le bordel ambiant et l’incapacité encore plus flagrante des médias à remplir leur mission première, je ne vois malheureusement pas le bout du tunnel. Et ce n’est surement pas la dinde de Noël (aussi volontaire qu’elle soit), avachie sur le dos, les papattes en l’air, qui nous guidera vers la lumière.

Je me sens étranger à ce monde qui a perdu son romantisme, son utopisme révolutionnaire des années 60. Les contextes socio-économique et géopolitique actuels, la crise multiforme qui perdure, ont suscité des vocations, pour le meilleur comme pour le pire. Mais, pour l’instant, c’est le pire qui se trouve sous le feu des projecteurs.

Ce qui se déroule sous nos yeux est un mélange inquiétant de populisme triomphant et de conservatisme qui fout la pétoche. L’extrémisme islamiste n’est qu’une facette de l’image sombre qui se dessine pour les dix prochaines années. Le feu de l’actualité a braqué les projecteurs sur ces jeunes djihadistes qui, surfant des inepties dogmatiques qui sont à l’Islam ce que le Rap est à Mozart (sauf que j’aime bien le Rap), ont basculé dans l’horreur et la banalité du mal. Et de la même façon que cette menace est née en-dessous de tous les radars (médiatiques, mais pas seulement), d’autres passeront inaperçues jusqu’au come-out final. Les jeunesses identitaire et réactionnaire, par exemple, exhibent des similarités inquiétantes avec le djihadisme islamique et portent cette même haine de l’idéologie libérale-libertaire. Toutes ces jeunesses vivent la même crise morale et identitaire. Dit autrement, le pétage de plomb religieux, le conservatisme viscéral et la crispation identitaire (ou Zemmourisme) ne sont que différentes facettes d’un même mal. Un jour, on s’en rendra compte… Mais, ça sera déjà trop tard.

Je m’amuse régulièrement à mater les grands titres de « Valeurs Actuelles ». Faites pareil et vous comprendrez de quoi je parle… Marion Maréchal-Le Pen n’a-t- pas dit : «Nous sommes la contre-génération 68. Nous voulons des principes, des valeurs, nous voulons des maîtres à suivre, nous voulons aussi un Dieu » ?

Frédéric Dard l’a bien vu : « Le signe de notre époque, c’est que les vieux cons sont de plus en plus jeunes. »

Nous prenons tous une part active dans ce qui se passe, le plus souvent par notre passivité et notre volonté obsessionnelle de nous protéger à court-terme. Malheureusement, dans ce cas précis, notre passivité nous coute cher. Nous sommes condamnés à subir les contre-coups des conneries accumulées depuis le déclenchement des printemps arabes (au moins). Y a-t-il une solution ? Je ne pense pas. Y a-t-il une limite dans le temps ? je n’en sais pas. Contrairement à ce que racontent tous ces politiciens démagogues, aucune approche sécuritaire ne sera suffisante pour endiguer le problème. Pactiser avec le diable ne nous sortira pas de l’ornière, non plus. Et ne comptez pas sur les faux experts érigés en spécialistes qui pullulent sur les plateaux télé pour vous le dire… C’est fou comme ces soi-disant experts sont versatiles. A vue d’œil, ils sont en train de normaliser l’armée régulière syrienne et à relativiser ses crimes abjects. Penser que le régime Assad est la solution, y voir un rempart au djihadisme, c’est se mettre le doigt dans l’œil (et là, je suis sympa).

Je ne suis pas totalement pessimiste, pour autant. Les prémices d’une solution sont peut-être à trouver dans ce que dit Amin Maalouf dans « Les identités meurtrières » : « Les sociétés sûres d’elles se reflètent dans une religion confiante, sereine, ouverte ; les sociétés mal assurées se reflètent dans une religion frileuse, bigote, sourcilleuse. Les sociétés dynamiques se reflètent en un islam dynamique, innovant, créatif ; les sociétés immobiles se reflètent en un islam immobile, rebelle au moindre changement. »

Focaliser sur l’Islam (ou la religion, en général) est un non-sens total. Focalisons-nous plutôt sur toutes les crispations et fantasmes idéologiques et essayons de les désamorcer à la base.

Je me sens atterré par l’idiotie ambiante. On en fait des tonnes sur une poignée de femmes qui se baignent toutes habillées et on oublie les milliers de migrants qui se noient. Certes, tout est dans la com et la démagogie. Tout est de le hashtag qu’on colle un peu partout.

Mais, parfois trop, c’est trop… Qu’un banquier se prenant pour Jésus sur la croix (la fin de son grand meeting de Paris est devenue culte) nous pique notre cri de ralliement d’il y a 4 ans (« Révolution en marche ») pour en faire son slogan de campagne, ça me met hors de moi. Jetez un coup d’œil à notre carte de vœux de 2013 et vous verrez qu’à un pauvre hashtag près, le Macron est en retard de phase. RevolutionenMarche Je suis juste curieux de savoir combien il a dû casquer pour redécouvrir ce slogan réchauffé, né au fin fond de la brousse Djerbienne.

Je reviens sur cette histoire grotesque de burkini, sur laquelle j’ai déjà poussé ma gueulante (avec « Ta mère en string à la Bocca ! » ). La Laïcité est une bâtisse incontestablement magnifique. Mais sur les quelques dernières années, je ne peux que constater la montée d’une certaine tendance laïciste intégriste qui voudrait en faire un outil antireligieux visant à rendre l’espace public complètement neutre (aujourd’hui à la religion, demain à toutes les idées et opinions jugées subversives)

Ce que je vois, c’est une grosse confusion autour de la notion de laïcité : sa signification et sa portée. A la question « Qu’est-ce que la laïcité, pour vous ? », vous auriez une réponse bateau du type « La séparation des Eglises et de l’Etat ».

FAUX ! La Laïcité est, avant tout, la protection de la liberté de conscience dans le cadre de la loi et dans le respect de l’ordre public.  C’est du moins ce qui ressort de l’Article 1er de la loi de 1905 « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées (…) dans l’intérêt de l’ordre public ». L’article 2 de la même loi prévoit que « la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte », et instaure de fait la séparation entre l’Eglise et l’Etat. Il n’y a nulle part mention d’un espace public religieusement neutre.

D’ailleurs, en 1905, lors du vote sur la loi de séparation des églises et de l’État, certains républicains durs cherchèrent à faire interdire le port de la soutane dans l’espace public. A l’époque, les tenants de l’interdiction du costume ecclésiastique dans l’espace public mettaient en avant un argument similaire à ce qu’on entend aujourd’hui : La soutane est un habit de soumission (qui, sous sa forme de robe, porte en plus atteinte à la dignité masculine ! 😈 ) et le devoir de L’Etat est de libérer les prêtres du joug de la soutane. Aristide Briand (qui portait la loi) s’y opposa au nom de la liberté d’afficher ses opinions et donc sa croyance. Il s’exprima ainsi : « Votre commission, messieurs, a pensé qu’en régime de séparation la question du costume ecclésiastique ne pouvait se poser. Ce costume n’existe plus pour nous avec son caractère officiel (…). La soutane devient, dès le lendemain de la séparation, un vêtement comme les autres, accessible à tous les citoyens, prêtres ou non. » C’est cette version ouverte qui a été votée avec le soutien du camp progressiste. Revenir à la loi et respecter son esprit serait peut-être le chemin le plus court vers l’apaisement…

Je me rappelle avoir dit, il y a quelques années, que le jour où je m’entendrais parler tout seul dans la rue ou ailleurs, j’y verrais le début de la fin…. Ma fin. C’est désormais chose faite. Je me sentais déjà vieux, con, blasé et peut-être même aigri. Et là, c’est la sénilité qui semble frapper à la porte. Merci 2016 !

D’ailleurs, pour tout vous dire, et depuis un petit moment, je sens la mort qui rode. Son odeur est là, indéfinissable mais limpide. George Michael y est passé. Pourquoi pas moi ?  😉 C’est peut-être la hantise de la cinquantaine qui me joue des tours. Mais, pragmatique comme je peux l’être, j’ai commencé à m’y préparer.  Aussi, j’ai décidé, entre autres, d’épargner à celui ou celle qui lira mon discours funèbre de devoir en plus le pondre. Je vois très bien Melle T. s’en charger. A la différence de Melle N. (et de moi-même, si j’étais encore là), elle restera stoïque et ne s’étouffera pas dans ses sanglots, ni sa morve. Pour détendre l’atmosphère, elle fera même des blagues, j’en suis sûr… 😛

Projet de discours funèbre :——————————————————————

Papa, tu as toujours adoré les crises. Tu y voyais l’opportunité unique d’amorcer les grands changements qui s’imposaient et qui s’imposent toujours. Mais tu as eu tort de bout en bout. Les crises se sont succédées, plus intenses les unes que les autres. Des vents de révolte se sont levés ici et là, mais ont rapidement étaient étouffés par l’asservissement généralisé d’une populace qui voit ses acquis se réduire comme peau de chagrin mais s’y cramponne quand même. Oui… tu le disais si poétiquement : « Tous tenus par les couilles par un système qui vous (et là, tu parlais de nous) sucera jusqu’à la moelle. Tout ira de mal en pis mais personne ne bougera son p’tit cul de peur qu’un plus lâche ne prenne sa place. Un mélange de peur, de résignation et d’espoir (savamment entretenu par une élite sénile et des médias à ras les pâquerettes) éloignera toute velléité de rébellion. Mais ça ne durera qu’un temps. Une étincelle surgira de nulle part et transformera la forêt en brasier. Le système implosera sans crier gare.  Vous resterez tous bouche bée tellement le catalyseur semblera insignifiant, ridicule. »

Durant des années, tu nous as soulé avec la décroissance heureuse, la sobriété volontaire, la limitation des ressources, la montée des inégalités, la lente dérive vers la stagnation séculaire.

C’est marrant… A chaque geste de la vie courante, j’entends déjà ton murmure sépulcral, caverneux, m’intimant l’ordre de couper l’eau en me brossant les dents ou en me savonnant sous la douche, d’éteindre la lumière en changeant de pièce. Je t’entends encore nous suggérer de ne pas tirer la chasse d’eau à chaque pipi, de faire pipi sous la douche (C’est d’ailleurs, le seul truc que je fais vraiment). Je t’entends aussi rouspéter contre la période des fêtes, les abus qui vont avec, la bouffe à gogo et les cadeaux qui pullulent. Tu as exigé à ce qu’on n’ait plus de cadeaux, puis tu as revu tes prétentions à la baisse en demandant à ce qu’on en limite le nombre, et enfin tu as compris que ton combat était perdu d’avance et préféré partir te terrer sur ton caillou… Heureusement, d’ailleurs. Tu nous  manquais, certes, mais les cadeaux étaient là pour nous remonter le moral Papa ! 😈

Un jour, je t’ai demandé à quoi servait que je m’applique à respecter tes règles si les autres ne le font pas avec la même discipline. Je ne voyais vraiment pas comment l’action insignifiante d’une petite fille, vivant dans le trou du cul du monde (Djerba ou la Dordogne, au choix), pourrait influencer le cours des choses, ou l’état du vaste monde. Tu as, tout d’abord, essayé de m’expliquer tout ça par la théorie de la goutte d’eau : les gouttes unitaires se rassemblent pour faire des ruisseaux, puis des rivières et des fleuves, avant de venir se déverser dans les mers et les océans. Tu as ensuite commencé à déliré sur l’évolution des systèmes dynamiques, sur l’effet papillon et comment le battement d’ailes d’un papillon dans notre jardin pourrait provoquer une tornade à l’autre bout du monde… Ce jour-là, tu m’as embrouillé plus qu’autre chose (comme à ton habitude, d’ailleurs). Mais, j’ai fini par me convaincre, toute seule comme une grande…

En fait, j’ai compris que nous, les humains, on nait avec un énorme handicap, un vrai souci d’échelle : celui de l’inadéquation entre la durée de notre vie et l’horizon de visibilité qu’on pourrait espérer sur les problématiques qui hantent (ou qui devraient hanter) nos nuits. Notre vie est trop courte. Notre mémoire aussi. Et on a donc du mal à se projeter plus loin, à se sentir responsable de ce qu’on ne verra pas de notre vivant.

Pire… Non seulement l’humain a tendance à vivre dans l’immédiat, mais aussi à penser en individualiste (à l‘exception de quelques sociétés en voie d’extinction) et à agir en dehors de toute approche collective. Ce n’est donc pas étonnant qu’on ait quelque mal à concevoir l’impact de notre action sur des problématiques dont la résolution nécessiterait de fédérer beaucoup de monde, très longtemps.

Durant des années, on t’a entendu parler des révolutions qui couvent, de la nécessité de passer un jour ou l’autre à la caisse… Et puis, les révolutions ont éclaté. Et on a vu ce que ça a donné, ici et là… Un vrai bordel globalisé. Mais, tu ne t’es jamais démonté. Tu trouvais normal que les révolutions foirent pour que les sociétés évoluent. Moquer les révolutions avortées, on n’avait pas le droit de le faire, pas plus que les chagrins d’amour. C’est ce que tu disais…

Papa, ce qui te pesait le plus c’est le désengagement généralisé de l’action citoyenne, la réduction des libertés et la peur obsessionnelle de l’autre. Se mélanger, c’est beau, tu disais… L’Espagnol tel que vu par Desproges, en est la preuve vivante : « Dans des conditions d’hygrométrie normales, on constate qu’un Espagnol moyen se compose de trois quarts d’omnivore et d’un quart d’Arabe. Cette singularité chimique s’appuie en fait sur une réalité historique. Il y a longtemps, très longtemps, bien avant l’appel de Cochin, des milliers d’Arabes sont entrés en Espagne. Ils couraient tellement vite qu’ils ne s’arrêtaient même pas pour pointer au bureau de l’émigration. Ils étaient bruns, ils étaient beaux, ils sentaient bon le couscous chaud, et les femmes se calaient dessous sans broncher »

Une époque révolue… L’Arabe savait courir, apparemment. Mais il me semble qu’il a un peu plus de mal quand il s’agit de nager.

Au fil des années, on t’a collé l’étiquette de pessimiste, chose que tu as réfuté jusqu’au bout. Tu te considérais plus comme un optimiste pragmatique qui ne croit plus à la pérennité du système actuel. Tu parlais toujours de la phase de chao qui serait inévitable durant la transition vers ce monde nouveau qui finira par éclore. Pourquoi alors faire des gausses dans ce contexte de merde ? Ta réponse m’a toujours fait marrer (mais pas Melle N.). Tu citais au moins deux raisons :

  • Une purement économique, mais quelque peu perverse : C’est le meilleur moyen (éthiquement acceptable) d’accéder à la main d’œuvre quasi-gratuite dans un monde où l’on reviendrait, tôt ou tard, à notre préoccupation la plus basique d’éleveurs-cueilleurs…
  • Une autre plutôt psychique, relevant de ce que tu appelais le « syndrome de Noé » : Sentant que le déluge ne va plus tarder, on se trouve porté par une envie irrésistible de construire un bateau et d’embarquer tous ceux qu’on aime… En faisant des gausses (qui, par définition, ne peuvent s’opposer à l’embarquement), on ne fait qu’augmenter le taux de remplissage du bateau, de se garantir quelques accompagnateurs inconditionnels, évitant ainsi les grands moments de solitude… Au pire, tu disais, on fait un p’tit tour et on revient au point de départ…

Papa, tu n’étais pas un pessimiste, mais plutôt un utopique désenchanté, doublé d’un naïf. Mais bon… on t’aimait bien, quand même…

Et pour t’accompagner dans ton long voyage vers Osiris, je n’ai trouvé que ce p’tit passage de Desproges… Je sais que tu vas adorer ses GROS mots.

« Le Français qui grattouille dans France-Soir-Figaro, le même qui fait sa Une du week-end sur les faux anus papaux, les courses de nains sur canassons ou SaintÉtienne-Moncuq, en accordant trois lignes par an aux enfants du monde qui crèvent de nos excès de foie gras, ce Français-là et ceux qui le lisent réservent les mots d’ignoble, d’odieux, de salace et d’immonde aux colères télévisuelles éthylicosuicidaires des gens qui ont inventé le seul nouveau journal en France depuis je suis partout. Le seul journal de France qui ne ressemble pas à France-Soir-Figaro. Oui, le seul. Et ce n’est pas par hasard si ceux qui l’ont créé étaient aux premières loges pour participer à la seule émission de télé nouvelle en France depuis Louis-Philippe. Les Français sont nuls. Pas tous. Pas mon crémier, qui veut voir la finale Le Pen-Marchais arbitrée par Polac à la salle Wagram, mais les Français coincés chafouins qui s’indignent parce qu’on a dit prout-prout-salope dans leur télé. Changez de chaîne, connards, c’est fait pour ça, les boutons. Quand vous voyez trois loubards tabasser une vieille à Strasbourg-Saint-Denis, vous regardez ailleurs. Eh bien, faites pareil quand il se passe vraiment quelque chose dans votre téléviseur. Regardez ailleurs. Regardez Le grand échiquier » (Extrait de « Les étrangers sont nuls »).

Papa, tu nous as quitté un mois de Mai : le mois des branleurs, comme tu disais….

Bon vent, Papa ! 😥

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Pour l’instant, je suis encore là. Mais, je me sens étranger à ce monde disloqué, ce monde où seuls les paranoïaques survivront. Bientôt, on devra se méfier de tout, même de son sex-toy qui croupit à côté du lit… Je ne rigole point. Deux chercheurs australiens ont récemment réussi à prendre le contrôle d’un vibromasseur connecté et à en tirer pas mal d’informations sensibles (fréquence d’utilisation, durée, fonctions privilégiées…). Une raison de plus pour revenir à la bonne vieille approche manuelle.

Je me sens las de la parole militante, même quand c’est la mienne. Je la trouve trop univoque, trop moraliste… Ma lassitude est d’autant plus grande que les dés seront de plus en plus pipés. Voir une majorité écrasante se dire prête à troquer sa liberté contre plus de sécurité me fout littéralement les boules. Avec la bénédiction de nos représentants, des lois ont été votées permettant la surveillance de masse, et l’intrusion dans la vie privée des gens. Et c’est passé comme une lettre à la poste. Nous nous sommes ainsi engagés sur une pente glissante qui, dans l’histoire, a déjà changé des démocraties en dictatures. Benjamin Franklin disait, à raison : « Celui qui sacrifie sa liberté pour un peu de sécurité n’aura ni l’un ni l’autre».

Mais… « Comme disait Jeanne D’arc en grimpant au bûcher : L’essentiel, c’est d’être cru. » – Frédéric Dard. Pas gagné !

Des fois, je me dis que le signe le plus évident d’une intelligence extraterrestre est qu’ils n’ont pas essayé de nous contacter…

J’ai juste envie de me terrer et de me faire oublier. Que cette année soit meilleure que les précédentes ! avec plein de sécurité et d’amalgames et moins de libertés et de discernement… A bas toutes les idées subversives du type : « Les hommes sont les mêmes partout : les frontières ne figurent que dans nos âmes. Mais ne dis jamais à personne que la seule vraie patrie de l’homme, c’est l’homme ! On te prendrait pour un poète. Ce qui est pire que tout. » – F. Dard

Le Poète (« de mes deux… » – Alexandre Astier, Kaamelott, Livre II, épisode L’Ivresse :mrgreen: ).

PS : Je vous mets ici une compilation de mes délires des années précédentes… Des collectors en puissance !

2016- Vœux 2016 : Un mouton qui vous veut du bien… et la  bande dessinée qui va avec. 2015- Anti-vœux 2015 : « Rectal feeding » pour tout le monde… 2014 – Vœux 2014 – Le Père Noël s’met à l’arabe… 2013- Chroniques de la Fin d’un Monde – Acte II 2012- Des Voeux qui vous gaveront… 2011- Et le vieux con parla… 2010- Oxala House : Voeux d’un Eco-hypocrite 2009- Oxala House : Vœux en temps de récession

Et enfin, une p’tite carte de vœux pour la route…

Tingitingi - eCard 2017

Marché Eco à Erriadh du 5 au 7 août 2016

Le marché écologique & artisanal se tiendra à Erriadh le vendredi, samedi et dimanche prochains (5-6-7 août 2016). Dorénavant, cette manifestation aura lieu chaque mois (le premier week-end du mois, a priori).

Affiche AoutUne vingtaine de producteurs locaux (agriculteurs, artisans, transformateurs) vous accueilleront à l’ancien marché municipal d’Erriadh pour vous proposer leurs produits : fruits, légumes, produits alimentaires artisanaux, produits frais…
Cette initiative de l’Association « Les Amis de la Médina » vise à offrir une débouchée commerciale aux producteurs locaux, et à les accompagner vers une exploitation plus durable de leur terre (permettant à certains d’eux de sortir de la précarité) en s’appuyant sur les principes de l’agro-écologie.

Outre sa contribution à la pérennisation de l’agriculture locale, de l’ancrage territorial et des circuits courts, ce nouveau marché nous permettra, nous consommateurs :

  • d’avoir un accès direct  à des produits locaux, respectueux de l’environnement et socio-responsables
  • d’augmenter la part des achats locaux dans notre consommation
  • de contribuer activement à la diminution de l’impact CO2 des transports des produits concernés

Cette initiative ne pourra prendre sans votre soutien actif. Soyez donc nombreux à venir nous rendre visite. Vous serez ainsi précurseurs dans une autre façon de produire et de consommer…
Nous comptons aussi sur vous pour faire des vagues, beaucoup de vagues, en en parlant tout autour de vous.

Amitiés,

PS : Il va sans dire qu’aucun sac en plastique ne sera donné sur place. C’est l’occasion pour votre panier d’être de la sortie

Vernissage de Djerbahood – 20 Septembre 2014

 

Invitation au vernissage de Djerbahood - Erriadh - Djerba

Invitation au vernissage de Djerbahood – Erriadh – Djerba

«Djerbahood est une nouvelle aventure pour un mouvement en effervescence dans un pays en devenir.» (Mehdi Ben Cheikh, Directeur de la Galerie Itinerrance et initiateur du projet Djerbahood)

Depuis le 20 juin, une centaine d’artistes venus du monde entier ont défilé dans les ruelles du village d’Erriadh pour y laisser la marque (éphémère ?) de leur créativité artistique. A peine 3 mois leur ont suffi pour faire du village d’Erriadh un musée à ciel ouvert, imprégner l’île de Djerba (et sans aucun doute, l’ensemble du pays) de Street Art, et faire le buzz au niveau international.

Djerbahood est désormais bouclé et fin prêt pour son inauguration officielle, demain le 20 septembre, à partir de 17h. Nous avons l’honneur de vous inviter à ce vernissage qui s’accompagnera d’une visite guidée des œuvres,  de la projection de quelques films, ainsi que d’une dégustation de spécialités locales.

Comme d’habitude, nous comptons sur vous pour le faire savoir tout autour de vous.

Alice au pays des merveilles…

J’ai promis de pousser, un jour, ma gueulante sur ce tourisme sexuel qui se développe à vue d’œil, à Djerba.

Ce phénomène, qui s’est intensifié ces quelques dernières années, puise ses sources dans la pauvreté, le chaumage, mais aussi dans la tentation de l’argent facile et la recherche d’échappatoire (vers l’Europe) et, bien évidemment, dans la présence d’une demande (masculine mais surtout féminine, homosexuelle comme hétérosexuelle) qui ne se démentit guère…

Nombreuses sont les Européennes d’âge mûr qui viennent régulièrement à Djerba avec l’idée explicite de s’éclater avec de jeunes Tunisiens, de la bonne chaire fraîche à moindre coût (ce qui, dans certains cas, peut se révéler discutable). Une quête strictement hédonique qui, lorsqu’elle est pleinement assumée, me conviendrait parfaitement tant qu’elle ne devienne pas un phénomène de société (ce qu’il n’est malheureusement pas le cas), qu’elle se cantonne au cadre strict de relations sexuelles équilibrées (transparence des « sentiments », transparence du contrat moral sous-jacent, absence de toute prédominance financière ou autre, d’un des deux partenaires sur l’autre) entre adultes consentants.  D’autres sont là (et c’est la majorité visible) sous l’emprise d’une relation amoureuse, rarement réciproque, couplée à un besoin irréfrénable d’être aimées, cernées d’attentions et de tendresse, même si celle-ci ne dure que le temps d’un voyage… Il est devenu courant de voir, un peu partout sur l’île, des femmes de 60-70 ans et plus se balader, main dans la main, avec des jeunots d’à peine 20-30 ans,  (de l’âge de leurs fils, pour ne pas dire petits-fils). L’Amour est aveugle (proverbe arabe), me diriez vous… Certes, mais bon… Je me permettrais d’émettre quelques doutes.

Aussi courante soit elle, une telle rencontre ne me laisse jamais indifférent (Sur la plage, topless oblige, la vision de tels couples frise souvent l’horreur.  L’effet du temps est imparable) : je ne peux m’empêcher d’y voir le summum  de l’inconscience et de l’irresponsabilité d’un côté (car l’impact sociétal d’un tel comportement est indéniable : par mimétisme, se taper des « vieilles » est devenu le projet d’avenir de certains gausses… un vrai projet alternatif à l’école !), de la bassesse morale et intellectuelle de l’autre (rien ne m’énerve plus que cette étincelle de fierté, limite ridicule, que je crois à chaque fois détecter dans le regard du chasseur qui exhibe sa prise).

De toute façon, mon approche comptable du monde me fait dire que ce n’est surement pas à travers ce genre de relations malsaines (mélangeant naïveté, illusion et inconscience d’un côté, et approche mercantile, intéressée et trompeuse, de l’autre) que nous arriverons à atteindre l’échange équilibré tant désiré entre visiteurs et visités.

Il faut, cependant, dire que les femmes ne sont pas seules à s’engouffrer dans cette faille dans l’espace-temps… De plus en plus d’hommes viennent chercher l’amour (au sens large du terme) à Djerba : amours homosexuels (ce qui a toujours existé dans les autres spots touristiques de la Tunisie : Hammamet, Sousse…), mais aussi hétérosexuels (ce qui est, à mon sens, un phénomène très récent en Tunisie, a fortiori à Djerba la conservatrice). Ce dernier phénomène, peu visible car se déroulant essentiellement dans les enceintes des hôtels, m’a été rapporté par plusieurs amies. Des tunisiennes résidentes à Djerba gèrent les arrivées (successives ou simultanées) de leurs multiples copains avec le même pragmatisme « killer » que leurs alter-égos masculins. Des visiteurs mâles ont dû repousser les avances explicites de quelques employées (masseuses, esthéticiennes, serveuses…) zélées au point de vouloir mettre la main à la pate. Un peu de temps passé sur les sites de rencontre / forums locaux (comme tunislanuit.com, ou badoo.com) a fini de me convaincre de l’ampleur des dégâts : Des étrangers en visite de travail et/ou détachés en Tunisie, y vont pour faire leurs courses érotico-sexuelles sur des étales, il faut le dire, bien garnis…

Sans aller jusqu’à l’étude anthropologique (dont je n’ai ni l’envie, ni les moyens, ni la prétention), il me semble judicieux de remonter à l’une des rares études sérieuses qui ont été menées sur le phénomène. A la fin des années 70, De Kadt a planché sur les contacts sexuels (homos et hétéros) entre jeunes hommes tunisiens et visiteurs (hommes et femmes) étrangers. Il a tenté de cerner le profil socio-économique de ces gigolos dragueurs : employés directs ou indirects du domaine touristique (animateurs, barmen, serveurs, loueurs de chevaux et de Quads, guides, vendeurs dans les souks…), d’un niveau d’étude dépassant rarement le secondaire.

Depuis de l’eau a coulé sous les ponts, mais les choses n’ont pas intrinsèquement changé. Le phénomène a été accentué par les difficultés économiques du pays, la montée du chômage des jeunes et des diplômés, la quête illusoire d’un avenir meilleur sur l’autre rive de la méditerranée, le désintérêt flagrant pour les études et la notion même d’effort. Certains pensent même qu’une partie de la demande à été délocalisée de l’Asie du sud-est vers le Maghreb, suite au Tsunami de 2004.

L’implication affective des premiers temps a laissé la place à une approche strictement monétaire, beaucoup plus malsaine. Le processus de gestion des allers et venues des partenaires s’est complètement industrialisé (merci internet). Les stratégies d’approche (le petit papier, portant son numéro de téléphone avec quelques compliments basiques, qu’on fait tomber au pieds de la personne cible ; l’approche directe amorcée par l’animateur/serveur au bord de la piscine ou au restaurant ; l’approche plus fine, à plus fort contenu intello, lors d’une visite guidée d’un musée…)se sont sophistiquées en intégrant pêle-mêle les spécificités du partenaire (client à son insu ?) : sa nationalité (les francophones, les anglo-saxonnes et les scandinaves ne sont pas logées à la même enseigne car n’ont pas la même approche de la sexualité), son âge, son profil psycho-socio-économique, sa p’tite histoire (ses amours et ses échecs), ses besoins affectifs… Les prédateurs n’hésitent plus à se communiquer leurs astuces et techniques, a se refiler leur recettes, voire leur trophées… Il leur arrive même de s’allier, à monter des stratagèmes, pour faire « tomber » la cible. Je les ai vu se mettre à plusieurs, devant une connexion internet, pour répondre à la conquête de l’un d’eux, chacun apportant son p’tit grain de sel, dans un français approximatif, à une conversation hallucinante (par son côté débilisant). Dans certains hôtels-club, l’implication physique des animateurs(rices) dans la satisfaction des clients(es) est devenue monnaie courante. Elle a lieu au vue et au su de tout le monde, direction comprise (est-ce avec son aval ?).

En termes de tourisme sexuel, nous n’avons pas atteint, pour l’instant, l’intensité connues dans certains pays d’Asie (Thaïlande, Cambodge, Inde…), d’Afrique (SénégalGambie…) ou des Caraïbes (Haïti, République Dominicaine…). Mais on s’y dirige à grands pas… Ce qui m’émeut n’a rien à avoir avec ces p’tites histoires de cul sans lendemain, mais plutôt avec l’impact sociologique de ce genre d’interactions intéressées (de part et d’autre), mercantiles (mettant face à face une offre et une demande), malsaines (car elles ne font qu’entretenir la cupidité et l’irrespect) et, par-dessus tout, malhonnêtes (car déséquilibrées d’un côté comme de l’autre). Les ravages d’un tel phénomène sont là et pour longtemps (voilà un bel exemple d’altruisme intergénérationnel).

Une question s’impose : Sommes-nous en train d’assister à la naissance d’un tourisme sexuel de masse ? Sur ce point, un article du Monde Diplomatique tente d’apporter quelques lumières…

A bon entendeur(se), salut.

PS: Mesdames, il m’est arrivé d’entendre (directement ou indirectement) vos amants-prédateurs (qui sont prétentieux et suffisants à leur temps perdu…) se targuer d’une délivrance proche (un mariage qui leur donnera accès au visa-sésame) et fanfaronner, en même temps, la présence simultanée d’une autre « prise » dans un autre hôtel… Que dois-je faire dans ce cas ? Vous le signaler au risque d’être renvoyé dans mes cordes, et surtout de vous faire mal ? Ou me taire pour vous laisser vivre tranquillement vos illusions ?

Tourisme à Djerba : Idiotie et Aveuglement…

Ces p’tites réflexions sont parties d’un article de F. Allani intitulé « Tunisie: Tourisme à Djerba – Solutions réelles pour l’île des rêves » et publié au journal La Presse du 24/12/2008. L’article (repris entièrement plus bas) n’est rien de plus qu’un compte-rendu d’une table ronde organisée par l’Association Tunisienne de Développement Touristique autour du tourisme sur l’île.

Si l’on se fie au compte-rendu, la discussion n’a débouché sur rien qui pourrait bouleverser le paysage touristique Djerbien. Elle s’est plutôt contentée :

  • De souligner quelques problèmes bien connus tels que la prépondérance croissante de la formule « All-inclusive » avec ses effets d’homogénéisation (vers le bas) et de sanctuarisation, ou l’impact du tourisme sur l’écosystème de l’île ainsi que sur les comportements socio-économiques (entachés d’abus, d’agressivité et de manque de respect envers le visiteur) de certains intervenants non encadrés…
  • D’énoncer un certain nombre de vœux pieux : mettre l’accent sur le patrimoine culturel de l’île et/ou de la région, encourager l’incubation de micro-projets d’animation culturelle, lutter contre l’érosion du littoral…

Rien de stratosphérique, dans tout ça… Que du vieux.

En passant, je constate que le comportement inadmissible de certains visiteurs est passé sous silence. Je ne vois nulle part mention de la montée du tourisme sexuel déguisé (impliquant nos hommes, comme nos femmes)… D’ici peu, je consacrerai un « coup de gueule » à ce phénomène inquiétant.

La discussion laisse transpercer une certaine vision bassement matérialiste. Il est clairement question de petits sous et de rentabilité.
On rêve de construire des hôtels moins chers, d’avoir un meilleur accès au crédit et une fiscalité plus clémente. Mais on ne se préoccupe guère des retombées financières minimales dont doit profiter la société d’accueil.

On s’intéresse à la formation professionnelle des jeunes, mais on ne mentionne guère la gestion calamiteuse actuellement faite des ressources humaines (bas salaires, droits sociaux quasi-inexistants, appel exagéré à la prestation de services, cumul des CDD, appel régulier au chômage technique…).

On parle de lutte contre l’érosion du littoral. Mais on oublie de mentionner le dragage régulier de certaines zones de ce même littoral, ou le nettoyage au tracteur des algues marines s’accumulant (à certaines périodes) sur les plages des hôtels… Le client/touriste est roi, me dit-on.

On discute d’écologie, mais on ne s’inquiète guère des tonnes de détritus (bouteilles en plastique et couches pour bébés, en tête) qui jonchent la plage et la compagne…

La table ronde aurait pu s’arrêter là. J’aurais pu y voir une avancée non négligeable puisqu’elle a, au moins, le mérite de mettre en avant les soucis les plus flagrants (en espérant leur trouver des solutions, un jour), et de tenter de mieux cerner les problématiques complexes induites par le tourisme au sein d’un système éco-social.
Mais non… Les intervenants ont préféré s’enfoncer un peu plus dans leurs contradictions…
Ils appellent à la réalisation de parcours de golfe supplémentaires. Car c’est bien connu : la région ne sait plus quoi faire de ses ressources en eau, tellement ses nappes phréatiques sont importantes…
Là, ce n’est plus de la contradiction, mais de l’idiotie et de l’aveuglement.

Je ne peux que me rendre à l’évidence, encore une fois : le souci de préservation de l’environnement (écologique, culturel et social) et la course effrénée à la rentabilité financière sont deux choses incompatibles.

Ci-après, l’article en question…

Tunisie: Tourisme à Djerba – Solutions réelles pour l’île des rêves
Foued Allani – La Presse – 24 Décembre 2008

Une table ronde sur le bilan et les perspectives du tourisme dans cette destination-phare organisée par l’ATDT. Le bilan globalement positif du tourisme, à l’île de Djerba, ne doit pas occulter les problèmes existants ou pouvant surgir plus tard et qui pourraient compromettre sa position de destination-phare dans le tourisme mondial.
C’est, en tout cas, ce qui a pu se dégager du compte-rendu de la discussion autour d’une table-ronde organisée l’autre dimanche sur les lieux, par l’Association tunisienne de développement touristique (ATDT), tel que nous l’a rapporté M. Lotfi Khayat, président de l’Association.
Entrant dans le cadre d’une visite dans la région organisée par ladite organisation qui regroupe les anciens du secteur, le débat sur le tourisme à Djerba est survenu après une suite de débats similaires organisés par la même structure et ayant intéressé plusieurs régions et destinations, telles que tour à tour El Kef, Kairouan, Monastir
Animé par le président de l’ATDT, le débat sur le tourisme à l’île de Djerba auquel ont pris part les professionnels de la région a essayé de ratisser large. Il a, en effet, touché les produits et leur commercialisation, les ressources humaines, l’investissement, l’environnement naturel et humain.
Tels que formulés par le rapport final, les problèmes, dont bon nombres sont similaires à ceux dont souffrent d’autres régions, semblent sérieux. «Avec une typologie de commercialisation qui consolide la position dominante du tour opérateur européen», peut-on y lire.
A cela s’ajoute : «Une saisonnalité encore un peu marquée», et ce, malgré les multiples avantages du climat.
Toujours dans le volet gestion, la discussion a encore mis à l’index «la vogue» des formules de location des unités hôtelières à des opérateurs étrangers.
Résultat, une certaine déresponsabilisation du propriétaire vis-à-vis de son établissement. Celle-ci ne manquera pas d’avoir un impact négatif sur la pérennité de son produit.
Il y a eu aussi mise à l’index de la formule du «All inclusive», elle aussi en vogue et qui, selon le rapport, présente l’inconvénient de pousser à l’homogénéisation de la qualité des services «plutôt vers le bas». Cela sans oublier le fait qu’elle «limite le déplacement des touristes vers les espaces extra-hôteliers».
Les participants ont également soulevé le problème du régime de la taxation jugée élevée avec pour, entre autres impacts, une atteinte à la compétitivité du secteur.
Ils ont dénoncé d’un côté le coût de construction des hôtels qui, selon eux, est élevé par rapport à celui pratiqué même dans certains pays européens, tels que l’Espagne ou le Portugal.
La durée de réalisation d’un projet hôtelier, qui à Djerba serait de trois ans, n’est d’ailleurs que d’une seule année en Espagne, ont-ils fait remarquer.
Dans le même volet financier, le rapport cite le problème de l’endettement qui, selon les participants, «exige des mesures adéquates en vue de faire face aux contraintes actuelles et potentielles de la crise économique internationale».
Le rapport traite aussi des problèmes liés à la gestion des ressources humaines, notamment au niveau des compétences professionnelles.
Ils ont ainsi jugé le système de formation tant public que privé incapable de répondre aux besoins quantitatifs et qualitatifs du secteur. Ils ont dans ce volet précis cité le retard enregistré dans la mise à niveau de l’école hôtelière de Djerba. Retard qu’ils ont qualifié d’«inquiétant».
Plusieurs autres problèmes ont été soulevés, tels que l’absence de stratégie claire pour l’intersaison, la dégradation de l’écosystème de l’île, l’environnement humain entaché par certains comportements jugés néfastes (les beznessas par exemple), le manque d’exploitation des richesses culturelles et patrimoniales locales et régionales, le manque «flagrant» d’animation aussi bien diurne que nocturne.

Non au bradage des prix, oui pour la diversification
Se voulant positifs et pratiques, les participants ont énoncé un ensemble de recommandations touchant les volets évoqués.
Ils ont ainsi recommandé de lutter contre la tendance consistant au bradage des prix «dès les premiers signes de fléchissement de la demande touristique».
Ils ont appelé d’un autre côté à «l’élaboration d’un système d’incitation à l’investissement favorisant la création de micro-projets d’animation touristique et culturelle à la portée des jeunes diplômés de l’enseignement supérieur».
Ils ont, par ailleurs, recommandé «davantage de concertation entre les professionnels de la région afin d’harmoniser les politiques commerciales».
Les participants ont également recommandé de revoir à la hausse les «budgets de publicité et de promotion afin de neutraliser le déficit en termes d’image», jugé «flagrant» et par là «stimuler les réseaux de vente».
Côté produits, ils ont appelé à la réalisation de parcours de golf supplémentaires, et ce, afin de répondre selon eux «à la forte demande d’une clientèle argentée, peu exposée aux effets de la crise économique mondiale».
Concernant la protection de l’environnement, les participants ont recommandé de lutter contre le phénomène de l’érosion du littoral qui «risque de menacer la qualité des plages, principal atout touristique» de l’île.
Ils ont également appelé à «l’adoption d’une vision d’aménagement durable préservant les équilibres naturels des nouvelles zones protégées de Lella Hadhria à Djerba et Lella Halima à Zarzis».
Les participants à la table ronde ont enfin recommandé «la mise en place d’un mécanisme de concertation et de coordination entre le ministère du Tourisme et celui de la Culture» pour que, selon eux, «le tourisme culturel ne reste par une simple vue de l’esprit» et pour qu’il puisse participer «à la dynamique touristique régionale».

Club Med Djerba – Les balbutiements d’un tourisme responsable ?

A l’heure où le « tourisme éco-responsable » tend à devenir la dernière lubie à la mode, je ne peux m’empêcher de constater que le gouffre entre théorie et pratique reste immense…

ClubMed2Et c’est d’autant plus rageant quand il s’agit d’un grand voyagiste qui se vante de sa politique responsable :
« Sur l’ensemble de ses destinations, le Club Med met en place une charte de Tourisme Responsable afin de garantir des pratiques respectueuses de l’environnement (naturel et culturel) et de participer de manière éthique au développement économique local. »
ClubMed1C’est ainsi que le Club au trident nous sensibilise (sur son site web – page dédiée à son village « Djerba la Fidèle ») à sa nouvelle démarche, avant de nous inviter à télécharger sa charte du « Tourisme responsable en Tunisie » dans laquelle on peut lire :
« Un mégot met des années à se décomposer, un emballage de barre de céréales des centaines d’années. La sécheresse dans le désert est telle que la dégradation naturelle peut être 1000 fois plus longue que dans d’autres milieux : avoir sur soi un petit sac poubelle permet de ne pas jeter de déchets dans la nature (même s’ils sont biodégradables). »

Grande est notre tentation d’y croire… Surtout quand on sait que le Club Med d’Opio, près de Grasse, dans les Alpes Maritimes, vient d’obtenir l’Ecolabel Européen pour les hébergements touristiques. Bénéficier d’un tel label voudrait dire que ce village est pleinement engagé dans la préservation de l’environnement (politique de gestion efficace de l’énergie, de l’eau et des déchets, mise en valeur du site, sensibilisation du personnel et des clients…).

Mais, apparemment, ce qui est valable pour les Alpes Maritimes ne l’est guère pour l’île de Djerba.ClubMed3
Le conseil du p’tit sac poubelle qui évite de jeter des déchets, même biodégradables, dans la nature s’adresse exclusivement au visiteur, mais guère au donneur de conseils…

ClubMed6Le 9 Août 2008, j’ai voulu faire découvrir à quelques amis les charmes de la Séguia, une magnifique baie – lagune juxtaposant (justement) Djerba La Fidèle…

ClubMed7Un site naturel d’exception… Un des derniers à ne pas avoir été sacrifié (je suppute que la raison sous-jacente n’est nullement écologique mais purement technique) sur l’autel du tourisme de masse.

Etant sur l’île depuis quelques jours, mes amis ont appris à faire abstraction, dans l’appréciation de tout paysage naturel, des bouteilles en plastique, sacs en plastique et divers déchets trônant ça et là…

ClubMed4Leur apprentissage préalable ne les a, cependant, guère préparé moralement à apprécier les plages à vaisselle !!! C’est pourtant ce que nous avons découvert dans le voisinage immédiat du Club Med : des bris d’assiettes et bols marqués au trident mythique s’éparpillant sur une dizaine de mètres le long du rivage. On aurait dit que quelques restaurants du quartier Latin se sont transposés, l’espace d’un week-end, le long du rivage djerbien.ClubMed5

A ce stade, je n’ai clairement plus aucune envie de disserter… ni sur la responsabilité du village quant à sa gestion des déchets, ni sur celle de ses clients qui se cantonnent à l’intérieur de ses murs et se contrefichent des réalités environnantes… Selon un proverbe tunisien, « Les coudes du galeux le démangeront… »

 

 

Ils voyagent en solidaire

Je crois au tourisme responsable (au sens large du terme), mais je me méfie de toutes formes de récupération (agences gouvernementales, tour-operators, clients en quête de bonne conscience à moindre frais…). A Djerba, nous sommes encore à quelques années lumière de ce qui se fait au Sénégal depuis les années 90. Le tourisme de masse a su occuper le terrain, privant, par la même occasion, toutes les autres initiatives de l’espace vital nécessaire à leur épanouissement. Mais l’impasse se profile à l’horizon… S’en sortir nous demandera, nécessairement, de rebrousser chemin et d’opter pour une piste alternative. Là, il ne faudrait pas qu’on foire encore une fois notre coup…

Télérama n° 3005 – 18 Août 2007 – Auteur : Thierry Leclère

Le fleuve Saloum, son delta, ses vacanciers. Dans un Sénégal pionnier de l’écotourisme, des villageois protègent leur environnement… en accueillant quelques visiteurs.

On dirait le Sud. Le temps dure longtemps. Entre ciel et eau, la mangrove plonge ses racines enrubannées d’huîtres sur des milliers d’hectares. A 180 kilomètres de Dakar, le delta du fleuve Saloum est une oasis de fraîcheur dans la touffeur de l’Afrique. Une fabuleuse réserve mondiale de biosphère, aussi, où les dauphins pointent leur museau à marée haute et où leurs frères lamantins viennent boire l’eau douce aux résurgences des sources qui tapissent le fond du delta.

Sortir des sentiers battus. Vivre la vie d’un village africain. Ici, le « tourisme équitable » n’est pas un vain mot ni un argument de catalogue pour attraper les bobos gogos occidentaux. Installés sous la moustiquaire, dans leur case de paille et de terre, Frank et Christine, un couple de trentenaires allemands, goûtent ces instants magiques. Lui, musicien new age en quête « d’énergie », cracheur de feu intermittent. Elle, enseignante, timide mais curieuse et avide de rencontres. A une demi-heure de pirogue de la première piste, ce havre de paix se mérite.

Si le campement de Keur Bamboung n’est pas d’un grand confort, Frank et Christine sont ravis. Sur cette presqu’île, la nourriture préparée par les villageois est frugale. Mais le plaisir de prendre sa douche sous un filet d’eau, en plein air, derrière des canisses, avec vue imprenable sur le delta est une autre forme de luxe. Baobabs et arbres à noix de cajou en fond de décor, le brossage de dents et le rasage deviennent des beaux-arts. Au programme de nos deux aventuriers, balade en canoë dans les entrelacs de la mangrove, safari-photo à la recherche des singes et rencontre furtive avec l’arrière-train d’un phacochère qui a confondu le campement avec sa résidence secondaire. Le soir, discussions à la lumière de la lampe-tempête avec la dizaine de villageois qui assurent le couvert et la maintenance du campement. C’est peu dire que nos deux écolos, routards new-look, sont enchantés par leur séjour, par cette Afrique « telle qu’on en rêvait »… A lire le livre d’or des clients, une majorité de Français (100 000 sont séduits chaque année par le tourisme équitable), mais aussi beaucoup d’Espagnols et quelques Américains, ce genre de séjour a un bel avenir. Il n’en existe pas encore de définition précise, mais il est « équitable » ou « solidaire » quand il prône un voyage en immersion, respectueux des villageois, de leur environnement et quand les retombées profitent à l’économie locale. Ce petit moment d’éternité coûte d’ailleurs moins cher à Frank et Christine (33 euros par personne, en pension complète) que les hôtels de la « petite côte », zone affermée au tourisme de masse dans lesquels les tour-opérateurs déversent leurs charters.

Keur Bamboung, le campement écotouristique du delta, n’est que la face émergée d’un projet beaucoup plus ambitieux mené, depuis 2003, par l’association écologiste sénégalaise Océanium (1) et par son directeur Haïdar El Ali : « Le campement n’a jamais été une fin en soi, explique cet écolo sympathique d’origine libanaise. On cherchait une activité qui profite aux 8 000 habitants de la région et dont les bénéfices serviraient à payer les salaires des trois écogardes qui protègent la réserve naturelle contre le braconnage. Car au coeur du projet, il y a l’Aire marine protégée que nous avons mise en place en 2001, en accord avec les autorités, sur une partie du delta. Le danger était grand. Il fallait interdire la pêche : les habitants du delta qui, en 1990, attrapaient en une heure 150 kilos de thiof (le mérou sénégalais), n’en prenaient plus que 10 kilos en 1998 »

Deux ans et demi de réunions, de discussions sans fin avec les pêcheurs (qui ont accepté de poser plus loin leurs filets) ont accouché de l’Aire marine protégée. Ibrahima Diamé a laissé de côté sa pirogue pour prendre la tête de la coopérative qui gère le campement : « Un tiers des bénéfices de Keur Bamboung va à l’entretien du gîte, un tiers au fonctionnement de la réserve naturelle et le reste revient à la communauté rurale, l’échelon administratif correspondant, en France, à vos communes. » Keur Bamboung, et ses vingt-quatre lits, fait travailler une dizaine de personnes des environs. Océanium a financé l’investissement ; les bénéfices du campement, ouvert début 2005, arrivent déjà à couvrir les frais de gardiennage de l’Aire marine et permettent d’envisager d’autres projets de développement.
Il serait, par exemple, tentant d’agrandir Keur Bamboung, mais Ibrahima Diamé ne veut pas détruire le fragile équilibre du delta : « On va construire encore une ou deux cases, mais pas plus. »

Jean Goepp, un jeune ingénieur d’Océanium, est depuis cinq ans le chef passionné de ce projet : « On réunit tous les trois mois des représentants des quatorze villages concernés ; on a créé un système où tout le monde doit rendre des comptes à tout le monde. Les villageois croient en ce qu’ils font. C’est notre garantie pour l’avenir, même si tout cela reste fragile. » Keur Bamboung est un défi aux sceptiques. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le Sénégal est aujourd’hui une vitrine du tourisme équitable. Au début des années 70, ce pays a été le pionnier du « tourisme intégré », comme on disait à l’époque, avec les campements villageois de Casamance, dans cette région animiste, rebelle et totalement fascinante du sud.

Christian Saglio, utopiste aussi passionné qu’Haïdar El Ali, fait figure de papa du tourisme équitable. On retrouve ce ludion blond aux yeux bleus, se bagarrant, avec deux secrétaires et un téléphone en surchauffe. Directeur du Centre culturel français de Dakar, Christian Saglio est sur le départ, après avoir bourlingué pendant trente ans, d’Afrique noire au Japon. Enfant terrible de Mai 68 et des beaux quartiers de Paris, il raconte volontiers ces années 70 où, jeune ethnologue et linguiste, il a foncé comme un chien fou pour réaliser son « utopie créative » des campements autogérés : « Ils me font rire, aujourd’hui, avec leur «développement durable ! Leur « tourisme responsable » ! Il y a parfois un côté dame patronnesse qui m’énerve. Moi, je voulais surtout éviter le paternalisme. J’ai tout fait pour que les Blancs soient dépaysés ; qu’ils acceptent de manger par terre, comme les Sénégalais. Jamais plus de vingt personnes par campement pour ne pas déstabiliser le village, c’était ma règle d’or. Et une coopérative pour associer tout le monde. Le fonctionnement très communautaire de la Casamance s’y prêtait à merveille. »

Bravant l’incrédulité des notables sénégalais (à l’exception du Premier ministre de l’époque, Abdou Diouf), le jeune Christian Saglio se met alors à installer ses campements avec les villageois : sept en huit ans ! La réussite sera au rendez-vous. « Au début, les villageois ont pensé que Christian venait se faire de l’argent et que j’étais son boy, se souvient son alter ego sénégalais, Adama Goudiaby, fonctionnaire au ministère du Tourisme. Les gens ont si souvent été trompés par de belles promesses et des projets sans lendemain qu’ils n’y croyaient pas. Ce sont les femmes, qu’on avait d’ailleurs omis d’associer, (grossière erreur ! ) qui ont finalement été la clé du succès. Gardiennes de la tradition, elles sont en même temps très ouvertes au progrès. »

Les maisons d’hôte autogérées construites exclusivement avec des matériaux traditionnels devaient, dans l’esprit de Saglio, engendrer toute une économie vertueuse pour développer les villages : « Avec les rapides bénéfices, j’imaginais que la communauté allait prêter aux jeunes pour qu’ils lancent d’autres projets. En fait, et assez logiquement, ils ont préféré pallier les manques de l’Etat et investir dans le social : écoles, matériel scolaire, maternités, dispensaires »

Dans cette région délaissée, toujours suspectée de vouloir faire sécession par le pouvoir central, la belle aventure du duo Saglio-Goudiaby a été freinée par la guerre, à partir des années 80. Certains campements ont même été occupés par l’armée sénégalaise. Mais depuis 2004 et la signature d’un accord de paix entre le président Abdoulaye Wade et la principale composante de la guérilla, le tourisme équitable a repris ses droits. Aux mêmes conditions : participation de l’ensemble de la communauté villageoise au projet, transparence de la gestion et professionnalisme. Car souvent épaulé en Europe par des bénévoles généreux mais amateurs, il a besoin de spécialistes aguerris. « Les fous créent la mode, les sages la suivent », dit le proverbe. Christian Saglio et Haïdar El Ali sont deux fous qui ont réalisé leurs rêves. Mais le patron d’Océanium, sur le front de tous les combats écologiques, au Sénégal, depuis vingt ans, est parfois las. Il aimerait que les sages suivent davantage les fous. Et quand l’un de ses jeunes admirateurs vient dans la rue à sa rencontre, il lâche avec un humour acerbe : « Tu aimes ce que je fais ? Eh bien, je ne veux pas de tes compliments ! Viens plutôt me rejoindre. Car je te le dis sincèrement, je suis fatigué de travailler tout seul ».

(1) Sur l’association Océanium et Keur Bamboung : www.oceanium.org

Oxalá House : Une résidence militante pour un tourisme responsable

7 bungalows, une piscine et la mer à portée de vue…

Ile de Djerba – Zone de Sidi-Mehrez (Tunisie)

S_Oxala 2

« Un tourisme durable doit être supportable à long terme sur le plan écologique, viable sur le plan économique, équitable sur le plan éthique et social, pour les populations locales (…) La compréhension et la promotion des valeurs éthiques communes à l’humanité, dans un esprit de tolérance et de respect de la diversité des croyances religieuses, philosophiques et morales, sont à la fois le fondement et la conséquence d’un tourisme responsable.»

(Charte du tourisme durable de l’OMT, adoptée en 1995)

 

Oxalá House est la première résidence de tourisme équitable / socialement responsable s’inscrivant dans le projet Tingitingi®.
Nous avons conçu cette résidence comme un pied de nez au tourisme de masse avec sa variante galopante « The All-Inclusive »… Une provocation au mastodonte dans son propre berceau : Djerba !

S_Oxala 0Oxalá (qui se prononce ô-cha-lâ) est une interjection portugaise dérivée du mot arabe « Inchallah », une expression d’espoir mêlé d’humilité.

Tingitingi® est le mot Swahili (se prononçant tïngui-tïngui) pour désigner une passerelle. Un mot rapporté cette fois-ci d’Afrique de l’Est (zone du Sahel), projetant dans le tissage de relations directes entre hommes et femmes de cultures différentes, les fondements d’un monde solidaire.

Le label Tingitingi® vise à promouvoir un tourisme équitable, solidaire, socialement et écologiquement responsable. Un tourisme qui permet aux populations d’accueil de valoriser leurs cultures, et au voyageur de s’épanouir dans le respect de l’environnement visité, de sa diversité culturelle et de ses équilibres internes. Loger chez l’habitant (en location saisonnière, en location de vacances ou en chambres d’hôtes) n’est qu’un petit pas dans ce sens.S_Oxala 5

La résidence adhère pleinement à la charte du tourisme équitable, et favorise les contacts directs avec les populations locales. La résidence ne travaille qu’avec des communautés d’accueil autochtones et des prestataires de services locaux (travaux ménagers, encadrement d’enfants, guides touristiques, activités diverses, découverte sportive, visites culturelles et/ou thématiques…) sélectionnés pour, outre la qualité de leurs services, leur intégrité, et leur volonté de concilier viabilité économique et développement durable.

Description:

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Oxalá House est une charmante résidence à l’architecture typique, bien intégrée dans son cadre verdoyant, à proximité (à 700m) de l’une des plus belles plages de l’île de Djerba. Elle bénéficie d’une vue directe sur la mer. La résidence est composée de 7 bungalows :

  • Trois studios pour 2 personnes (Pemba, Lamu, Nicobar). Prix:22€ à 35€ par nuit
  • Deux bungalows pour 2 à 4 personnes (Wassini et Andaman) composés d’un salon + une chambre. Prix:35€ à 52€ par nuit.
  • Un bungalow pour 4 à 6 personnes (Zanzibar) composé d’un salon + 2 chambres. Prix:45€ à 69€ par nuit.
  • Un duplex pour 6 à 8 personnes (Bornéo) composé d’un salon + 3 chambres. Prix:57€ à 86€ par nuit.

Les bungalows sont positionnés autour d’une piscine commune, et disposent tous de terrasses privatives et un accès aux jardins (2000m²).S_Oxala 6

Tous les bungalows sont climatisés (chaud et froid), meublés avec goût (du moins, on l’espère) et entièrement équipés (vaisselle + linge de maison, serviettes de toilettes…). Seules les serviettes de piscine/plage ne sont pas fournies.
Un lit pour bébé peut être mis à votre disposition (gratuitement). Il vous suffit d’en signaler le besoin au moment de la réservation.

Plus de détails sont disponibles dans notre brochure. Quelques adresses utiles (tables, hôtels…) sont dans notre fichier « Points Pratiques ». N’hésitez surtout pas à nous contacter afin de vérifier les disponibilités, ainsi  que pour toutes informations supplémentaires.
Email : tingitingi@live.fr

Tarifs :

Tous nos prix s’entendent par bungalow et par nuit (check-in à 14h00, check-out à 12h00). Les tarifs sont fonction de la saison (Haute saison HS : Juillet / Août, Moyenne saison MS : Avril / Mai / Juin et Septembre) et sont dégressifs en fonction de la durée du séjour.
Un dépôt de garantie de 100€ (Studio) / 150€ (Salon+1C ou Salon+2C) / 200€ (Duplex) sera demandé au check-in, et restitué après avoir effectué l’état des lieux de sortie. Lit supplémentaire gratuit jusqu’à 5ans, et à 7.5€ (BS et MS) – 10€ (HS) au-delà.
Prière de nous consulter pour les longs séjours (au-delà de 2 mois).
Le ménage final est à la charge du locataire. Il lui sera possible de faire appel à un service ménager pour moins de 10€.

Les tarifs sont disponibles dans notre brochure de prix.

Localisation géographique :

S_Out 5La résidence est située dans la zone de Mezraya, à 15km de l’aéroport, à 8km de la capitale de l’île (Houmt-Souk) célèbre pour son port de pêche, ses souks et ses orfèvres, et à 7km du village typique de Midoun. La plage est à 700m.
Elle vous apparaîtra dans sa blancheur éclatante sur la droite de la route touristique, juste avant d’atteindre l’hôtel Radisson SAS (au niveau de l’agence Eden Tour).

Activités possibles & Services :

Randonnées à cheval, 7 km de plages préservées jusqu’à la presqu’île des flamants roses (zone protégée), activités nautiques, Golf 18+9 trous…
Autres services (ménagers, courses, garde d’enfants, cures de thalasso…) à réserver sur place.

Dans les environs :

S_Out 3Outre ses atouts naturels (de magnifiques étendues d’oliviers et de palmiers, d’impénétrables clôtures en terre surmontées par des agaves, des aloès et des figues de barbarie, de longues plages sablonneuses ou rocheuses), l’île de Djerba offre une multitude de spots socioculturels (des Menzels servants d’habitat traditionnel, des souks et marchés hebdomadaires animés, un folklore et des minorités actives, une centaine de petites mosquées typiques, quelques huileries souterraines encore intactes, des ateliers d’artisans en activité, des musées et des parcs à thèmes…). Nous nous ferons un grand plaisir de répondre à toutes vos demandes d’information.

Huilerie Fsili 1Quelques spots (mais ce qui suit est loin d’être une liste exhaustive) méritent le détour :

  • Le Borj El-Kebir ou Borj Ghazi Mustapha ou encore le fort espagnol : Sur les vestiges d’un ancien fort romain, Roger de Loria, amiral d’Aragon et de Sicile, construisit en 1289 une nouvelle forteresse. Au milieu du XVe siècle, le sultan hafside, Abou Farès El Hafsi, complète la construction, qui est encore renforcée par le corsaire Dragut en 1557 et en 1560, par les Espagnols, qui y sont, la même année, assiégés et exterminés.S_Djerba2
  • La mosquée Fadhloun dont la construction remonte au 14ème siècle. La mosquée présente une architecture transcendante par sa simplicité et beauté. Son originalité réside dans le fait qu’elle ait,      semble-t-il, conservé son architecture originelle.
  • La synagogue El-Ghriba : Les fondations de cette synagogue remonteraient au 6ème siècle av. J.C., faisant d’elle l’une des plus anciennes au monde. Selon la tradition, la construction de cette      synagogue serait liée à l’établissement sur l’île d’une colonie de réfugiés juifs fuyant les armées perses, après la destruction du Temple de Jérusalem par les Babyloniens (586 av. J.C.). Ces réfugiés auraient sauvé certains manuscrits des tables de la loi. Au 15ème siècle après J.C., la communauté s’agrandit avec l’arrivée de juifs expulsés d’Espagne par les Rois Catholiques. Le sanctuaire d’El-Ghriba passe pour être le second dans l’échelle des dévotions juives et, à ce titre, est le lieu de pèlerinage annuel (à la Pâque juive) de juifs venants du monde entier.
  • L’huilerie souterraine El-Fsili à MidounS_Djerba1
  • Les foundouks (caravan-sérails) de Houmt-Souk
  • Le marché au poisson de Houmt-Souk où la vente à la criée se pratique encore et toujours.
  • Le village des potiers de Guellala où quelques rares artisans continuent, contre vents et marées, à perpétuer un savoir-faire millénaire.
  • Le musée de Guellala, construit sur le point culminant de l’île (50m !), vous permets de survoler la vie de l’île (scènes de la vie quotidienne, reconstitution d’activités artisanales, habits traditionnels…)
  • Le musée Lella Hadria (parc Djerba Explore) offre une riche collection d’un millier de pièces couvrant l’art arabo-musulman du bassin méditerranéen depuis le 7ème siècle.
  • Le Menzel de Djerba Explore, offrant une reconstitution de l’habitat traditionnel ainsi que de quelques activités artisanales (atelier de tissage, atelier de poterie).

Et la part du rêve dans tout ça…

Oxalá House est situé sur l’île de Djerba, qui est probablement l’île enchanteresse des Lotophages, telle que contée par Homère dans l’Odyssée :

« Dès lors, neuf jours durant, je fus emporté par des vents funestes sur la mer poissonneuse ; puis, le dixième, on mit le pied sur la terre des Lotophages, qui pour nourriture ont des fleurs. Là, nous marchâmes sur le continent ; on puisa de l’eau, et, bien vite, mes compagnons prirent leur repas sur les vaisseaux rapides. Mais, quand nous eûmes mangé notre pain et bu notre boisson, alors je les envoyai reconnaître quels mangeurs de pain habitaient cette terre ; j’avais choisi deux hommes, et leur avais donné pour troisième un héraut. Et partant aussitôt, ils allèrent se mêler aux Lotophages. Ceux-ci ne voulaient point leur mort ; mais ils leur donnèrent du lotos à manger ; or, quiconque en avait mangé le fruit doux comme le miel, ne voulait plus rapporter les nouvelles ni s’en revenir, mais rester là parmi les Lotophages, à se repaître du lotos dans l’oubli du retour. Et je dus, moi, les ramener de force tout en larmes à leurs vaisseaux ; je les tirai et les attachai à fond de cale sous les bancs, et cependant je pressais les autres compagnons, qui m’étaient restés fidèles, de monter en hâte sur leurs nefs rapides, de peur qu’aucun d’eux goûtant au lotos n’oubliât le retour. Ils embarquaient aussitôt et s’asseyaient près des tolets ; puis, assis en bon ordre, ils frappaient de leurs rames la mer grise d’écume »

(IX, 82-104, trad. M. Dufour et J. Raison).